"On nous parle de politique de l'immigration, de repentance, de guy Môcquet, d'Oradour sur Glane ... On mélange tout, c'est de
l'information dirigée et qui conduit à quoi ?
A la pensée unique, où on ne pense pas : on pense pour nous !
Tout devient unique ...Où est la démocratie ?
Alain
Manifestation à l'appel de Resf, jeudi devant l'hôtel de ville de Paris. Reuters.
Le sort du jeune Ivan, depuis jeudi dans le coma à l’hôpital, jette une lumière crue sur la politique d’expulsions relancée pendant l’été.
Par K.L.
«Tout le quartier est en émoi, la frayeur s’installe», résume Sylvette Chevalier, soutien de plusieurs familles sans papiers du quartier des Pigeonniers à Amiens. Vendredi,
200 personnes ont marché, silencieusement, vers l’hôpital de la ville où Ivan, 12 ans, a été admis après sa chute du quatrième étage lors de l’intervention de la police chez ses
parents. L’enfant, qui a voulu suivre son père sans papiers qui s’échappait par les balcons, est toujours plongé dans le coma. Son état reste critique. Il souffre d’un traumatisme crânien grave
et de multiples lésions cérébrales. «On n’a pas compris pourquoi la famille n’avait pas été régularisée l’année dernière, explique Sylvette Chevalier. Natalia est tchétchène et
Andreï est ukrainien, mais la préfecture les considère tous les deux comme des Russes. Ils ont quitté Grozny, en 1995, après l’enlèvement de la grand-mère d’Ivan. En 2005, six mois après leur
arrivée en France, ils ont fait une demande d’asile politique qui a été refusée.»
«Sans réponse». La famille avait engagé un recours gracieux après le refus de régularisation. Recours qui n’est pas suspensif. «Nous avons fait un courrier il y a
un mois, mais il est resté sans réponse», déplore Sylvette. Le tribunal administratif devait examiner leur dossier en septembre. La mère d’Ivan, Natalia, a décrit, hier, les circonstances de
l’intervention policière, à 7 h 45, jeudi : «On dormait quand on a entendu les coups à la porte.» Les policiers «défonçaient presque» la porte. C’est le bruit de la perceuse
d’un serrurier qui a provoqué la panique. Natalia a voulu prévenir ses amis par téléphone, sans y arriver. Andreï est passé d’un balcon à l’autre, cherchant une porte ouverte. Et Ivan a voulu le
suivre. «Lundi, Natalia était allée au commissariat avec Ivan, explique Sylvette Chevalier. On lui avait dit de revenir avec son mari. Les policiers ne lui ont donné aucune
explication, mais elle avait deviné qu’il y avait un risque à revenir.»
Radicalisation. De nombreuses associations ont mis en cause, vendredi, la radicalisation des directives gouvernementales vis-à-vis des sans-papiers. «Nous savions tous
qu’une telle politique de traque systématique ne pouvait qu’entraîner des drames, a commenté France Terre d’asile. Celui d’Amiens n’est, hélas, pas le premier.» Le Réseau éducation
sans frontières (RESF), qui a souligné cette semaine l’accélération des arrestations de parents d’élèves, lance samedi un appel dans Libération contre «la chasse aux étrangers».
«Nous demandons à la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, qu’elle donne des consignes pour que soient proscrites les arrestations à domicile, souligne Laurent Giovannoni, pour
la Cimade. Rien ne justifie ce genre de pratiques avec des gens qui sont connus, qui ont effectué des démarches en préfecture et contre lesquels il n’y a pas lieu d’employer de tels
moyens.» Après les incidents de la maternelle de la rue Rampal, en mars à Paris, consigne avait déjà été donnée de ne plus procéder à des interpellations aux abords des écoles.