Images aléatoires

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Lundi 13 août 2007


... Et, maintenant ?


Bonne lecture, Alain


A vrai dire, les économistes sont pour une fois presque tous unanimes : les différentes mesures économiques de Nicolas Sarkozy ne correspondent absolument pas aux objectifs affichés, sont la plupart du temps injustes et inefficaces. Même Olivier Blanchard, interrogé sur son soutien à Nicolas Sarkozy, explique que les mesures qui sont dans son programme ne sont pas bonnes, mais qu'il croit que malgré tout il en fera d'autres, des bonnes celles-là (c'est beau la foi...).

Inversion intéressante dans l'histoire des représentations politiques : pendant des années la droite jouait l'image de la rigueur économique et du respect du principe de réalité en prétendant s'opposer à une gauche généreuse peut-être mais pleine d'illusions. Interprétation entièrement fausse, cynisme et simplification dans l'analyse du comportement humain n'étant pas garants de scientificité, pas plus que le marché ne reflète toute la réalite sociale, pas plus enfin que générosité et volonté de redistribution ne sont synonymes d'optimisme béat. Evidemment la méchanceté semble toujours plus honnête. Quoiqu'il en soit aujourd'hui les positions semblent à fronts renversés : la gauche est plutôt fière de ses résultats économiques, de son programme et de ses experts, tandis que la droite s'abrite derrière le "bon sens" et oppose les résultats des chercheurs obscurs (fonctionnaires en plus) dans leurs laboratoires à ce que savent bien les "vraies gens" sur le terrain... La consultation des débats entre les deux camps sur le blog de la section ou sur celui de Sciences Po sont à ce titre éclairants / effarants.

Tout cela (sauf la fin) me semble de bon augure, mais comme je ne prends jamais la parole que pour râler, je râle. L'économie quand elle est bien pratiquée (c'est-à-dire rarement) donne des indications sur les moyens à adopter pour parvenir à une fin donnée. Donc quand un économiste sur le site de Libé explique pourquoi telle ou telle mesure proposée par Nicolas Sarkozy est inefficace, tant mieux ; mais attention à ne pas oublier qu'il n'y a pas que l'efficacité qui compte.

Ainsi sur la défiscalisation des intérêts sur les prêts servant à financer l'achat d'une résidence principale, il n'y a pas besoin d'avoir fait de très longues études d'économie pour s'apercevoir que l'impact incitatif est faible (économiser quelques centaines d'euros sur l'achat d'un appartement), que cela représente beaucoup d'argent perdu pour le gouvernement et pas tellement de gagné par Français qui en bénéficiera, que cela ne fera qu'alimenter la hausse des prix de l'immobilier etc. Mais ce qui me semble grave c'est que quasiment tout le monde au PS reprenne l'antienne "ah là là qu'ils sont donc nuls en économie chez Nicolas Sarkozy". Certes, mais la première réaction de mon petit coeur de militant de gauche c'est de dire : mais attendez il y a quelques mois tout le monde pleurait sur le sort des SDF, disait que c'était une urgence nationale et la première préoccupation (officielle) de ce gouvernement c'est de favoriser l'accès à la propriété des classes moyennes supérieures ? Cela ressemble à une blague d'un goût douteux... C'est vraiment pas une bonne blague !

On pourrait retrouver la même logique sur beaucoup de sujets. Nous devrons ainsi entendre que le bouclier fiscal n'est pas une bonne mesure pour retenir les riches en France, que la défiscalisation des heures supplémentaires n'aura que des effets marginaux, que la franchise ne règlera pas le problème du déficit de la Sécu etc., toutes choses qui sont vraies, mais restent secondaires par rapport aux principes de solidarité et de redistribution dont notre parti se veut porteur, et qu'il devrait plus mettre en avant. Finirons-nous comme certains économistes par vouloir moins d'inégalités, non parce que cela est en soi désirable, mais parce que cela favorise la croissance (dont on ne sait plus trop à quoi elle sert) ?

Je ne pense pas qu'il s'agisse ici uniquement d'un problème d'inversion des moyens et des fins, mais d'un problème de conception de la politique. En n'osant plus vraiment viser des objectifs très différents de la droite (la différence restant tout de même que la droite n'essaie pas vraiment de les atteindre) la gauche ne s'oppose plus que sur la méthode ; on peut comprendre alors que l'électorat soit un peu déçu.

Le débat de l'entre-deux-tours était à mon avis symptomatique : j'ai vu des gens regrettant que le débat ne soit pas plus profond et n'entre pas plus dans le détail des réformes proposées, d'autres qui se réjouissaient que enfin on aborde au moins les dites réformes de manière concrète. Pour ma part j'ai surtout été sidéré par la conception de la fonction présidentielle sous-jacente à ce débat : on attend du président qu'il soit un expert des réformes économiques et sociales, qu'il connaisse ses dossiers, la signification des initiales d'EPR et les taux de croissance de la Corée des années 60 aux années 90. Si c'est vraiment ce que l'on attend d'un président, autant le recruter sur concours, ça ira plus vite. Au contraire le rôle d'un homme politique est d'arbitrer entre différents avis d'experts, entre différentes propositions de réformes, de voir ce qui est politiquement faisable, ce qui ne l'est pas.

La compétence, le chiffre, l'évaluation font partie des nouvelles valeurs à la mode dans notre société (avec le travail, la sécurité etc.), elles apportent avec elles de nouveaux éléments intéressants (je reconnais l'importance de l'évaluation des politiques publiques même si, en pratique, les gens qui font ça m'énervent souvent) mais elles risquent aussi de faire croire que la question des buts que poursuit l'action politique est réglée, qu'on en est déjà à trouver la politique la plus efficace, la réforme des retraites la plus astucieuse. Rien n'est plus faux. Et surtout, rien n'est plus dangereux pour la gauche : autant ses principes de solidarité et d'égalité sont simples, parlants et communicatifs, bien plus sympathiques en tout cas que le trompeur "travaillez plus pour gagner plus", autant ses réformes économiques intelligentes ne se traduisent pas dans des slogans simplistes ("travaillez un peu moins avec des aides pour les entreprises pour gagner à peu près autant mais tout le monde", ça sonne pas bien).


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