... Avec Nicolas Sarkozy et le colonel Kadhafi ...

Bernard Kouchner, Nicolas sarkozy et le colonel Kadhafi, le 25 juillet à Tripoli. Reuters.
Bernard Kouchner a été entendu ce matin par les députés de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Pendant plus d’une heure, le ministre des affaires étrangères a répondu aux questions de l’opposition et de la majorité. François Loncle, député PS de l’Eure, tire les enseignements de cette audition.
Quelle impression vous a fait le ministre des Affaires étrangères entendu mardi matin par les députés sur la libération des infirmières bulgares?
Il était extrêmement mal à l’aise et confus car, évidemment, il est resté à l’écart d’une grande parti du processus de libération de l’équipe médicale. Je l’ai trouvé papillonnant, passant du
coq à l’âne, avec un compte rendu décousu. D’ailleurs, à un moment donné il a même employé le terme d’otage avant de se raviser. Il s’est sans doute rendu compte que c’était délicat d’utiliser
ce terme. En fait, il aurait dû être la plaque tournante de cette affaire mais le processus de libération a été largement entamé par la Commission européenne dont il a enfin reconnu le mérite.
Après la France s’est greffé au processus de négociation. Et elle l’a fait de manière spectaculaire avec la méthode de Sarkozy qui consiste à s’en occuper personnellement par l’intermédiaire de
Claude Guéant (secrétaire général de l’Elysée, ndlr) qui était dans cette affaire le seul vrai pilote.
Avez-vous eu des précisions de sa part sur les contreparties que la France auraient éventuellement versé?
Il a simplement tenu à dire que le problème de l’eau était important en Libye et que, techniquement, il n’y avait aucune raison pour ne pas dessaler l’eau de mer avec des techniques nucléaires.
Puis, il nous a distribué le mémorandum sur l’utilisation du nucléaire qui est d’un vague absolu.
Avez-vous eu plus de précision sur les contreparties financières?
Il nous a affirmé que la France n’avait versé aucune contrepartie financière. Il a insisté sur le rôle joué par le Qatar en disant d’ailleurs qu’il n’avait pas pensé à ce pays comme médiateur
possible dans cette crise. Et pourtant, comme lui a fait remarquer François Hollande, le rôle du Qatar avait été évoqué par les deux principaux candidats pendant la campagne présidentielle.
Quelle question lui avez-vous posées ?
Je lui ai demandé s’il allait montrer la même détermination sur l’affaire Bernard Borrel (magistrat retrouvé mort à Djibouti en 1995) pour aider à la réhabilitation du juge et l’élucidation de
son assassinat. Il était un peu agressif et agacé et il a refusé de me répondre. C’est la première fois en dix ans qu’un ministre refuse de me répondre à la commission des affaires étrangères.
Il a prétexté qu’il s’agissait d’une affaire judiciaire. Mais il avait qualifié lui-même l’histoire des infirmière bulgares d’affaire politico-judiciaire. Il me semble pourtant qu’il y a une
dimension politique dans l’affaire Borrel avec l’implication du président de Djibouti.
Quelle impression vous laisse Bernard Kouchner depuis qu’il est arrivé au Quai d’Orsay?
Il est encore un peu tôt pour émettre un jugement définitif mais je crains, hélas, qu’il doive avaler un certain nombre de couleuvres. Mais il le fera sans grande vergogne car il est aux anges
d’être installé là où il est. Dans son passé, il s’est longuement élevé contre la realpolitik, mais aujourd’hui, non seulement il l’a supporté, mais en plus il se moule dans le cynisme
politique.
Attendez-vous plus de résultat sur le dossier du Darfour et du Liban?
Le Darfour, c’est essentiellement les Nations Unies qui pilotent ce dossier. S’agissant du Liban, il a abordé ce travail avec une méthode prudente qui mérite qu’on l’encourage.
