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Mardi 26 juin 2007

Bonsoir à toutes et tous,

depuis quelques semaines j'ai été absent du blog, car malheureusement j'ai eu le décès d'un être très proche dans ma famille. J'en ai été profondément affecté et continue de l'être, mais je reviens vers vous.

Amitiés, Alain

tva.jpgLa TVA sociale fait la une de l’actualité. Jean Arthuis défend l’idée depuis de nombreuses années, Nicolas Sarkozy et François Fillon la reprennent à leur compte et semblent vouloir avancer sur le dossier après 2008. D’où ce petit billet, pour avancer dans la compréhension du problème.

Le mécanisme dit de TVA sociale consiste à basculer une partie du financement de la Sécurité sociale des entreprises vers les ménages, via une baisse des cotisations patronales et une hausse simultanée de la taxe sur la valeur ajoutée. Du point de vue des finances publiques, ça ne change rien, il s’agit de financer d’une nouvelle façon la protection sociale. Croire que cela permettra de couvrir automatiquement les nouvelles dépenses du gouvernement est donc erroné, ou alors ce sera au détriment du financement de la sécurité sociale. Ce qu’en attend le gouvernement, en fait, c’est plutôt un avantage en termes de compétitivité – prix, que le
journal Le Monde explique ainsi, reprenant sans doute l’argumentation de nos dirigeants : le « transfert de charges permettrait d'alléger le coût du travail en France, de taxer davantage les produits importés, notamment ceux en provenance des pays à bas coûts, tout en favorisant les exportations ». Cette présentation appelle déjà quelques commentaires :
* sur le premier point, effectivement, on aura automatiquement une baisse du coût du travail suite à la baisse des cotisations patronales,
* sur le deuxième point, en revanche, la présentation est fortement biaisée : on ne taxe pas « les produits importés, notamment ceux en provenance des pays à bas coûts » (j’adore ce « notamment ceux en provenance des pays à bas coûts »…), on taxe tous les produits. On attend simplement de la baisse du coût du travail un gain en terme de compétitivité prix pour les entreprises installées en France,
* sur le troisième point, idem, la baisse du coût du travail doit permettre aux entreprises qui exportent d’être plus compétitives en prix.

Bref, ce n’est pas une TVA sociale, c’est une TVA anti-délocalisations, comme nous le dit notre premier ministre. Cependant, pour que cela fonctionne,nous dit Jean-François Copé, il faut que "les entreprises jouent le jeu" et "baissent leurs prix" ; ce à quoi François Fillon ajoute : cette "TVA anti-délocalisations" ne serait pas appliquée si elle entraînait une hausse des prix pour les consommateurs. "L'essentiel, c'est de trouver des mécanismes qui nous assurent qu'il n'y aura pas d'augmentation des prix. Si la 'TVA anti-délocalisations' se traduisait par une augmentation des prix, alors naturellement elle n'aurait pas de sens et nous ne la mettrions pas en place". (je serais plus prudent : il est tout à fait possible que cette mesure n’ait pas de sens économiquement, mais qu’elle ait du sens politiquement, donc que le gouvernement la mette en place).
 
Quelques remarques sur les effets attendus.
 
La TVA sociale n’est pas une arme anti-délocalisations…
On nous dit que la TVA sociale va permettre de lutter contre les délocalisations. C’est politiquement astucieux, car la plupart des citoyens sont persuadés que le problème n°1 de la France, ce sont les délocalisations, et ils sont prêts à ce qu’on mette des barrières aux échanges vis-à-vis des pays pauvres (z’avaient qu’à pas être pauvres) pour lutter contre. Economiquement ça ne tient pas la route, car les écarts de coût sont tels que si une entreprise a décidé de délocaliser dans les PVD (Chine, Inde, PECO, …), ce n’est pas la variation attendue du coût du travail qui va l’en dissuader. Elle n’a pas de sens non plus, car comme expliqué à plusieurs reprises sur mon blog, le problème économique principal de la France n’est pas celui des délocalisations vers les pays en développement. Mais encore une fois, politiquemen, c'est vendeur.
 
…mais plutôt une arme anti-Europe
Eventuellement, la mesure a du sens vis-à-vis des pays de même niveau de développement avec lesquels nous échangeons (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, …). C’est d’ailleurs ce qu’a fait l’Allemagne, avec un certain succès, mais au détriment de l’Italie et de la France, notamment. Stratégie parfaitement opportuniste, soit dit en passant (je m'étonne d'ailleurs de l'admiration béate de certains à l'égard de la politique allemande), qu’on peut bien sûr vouloir tenter, mais on s’expose forcément à des mesures de rétorsion : si, après l’Allemagne, la France s’y met, tous les autres pays risquent de suivre, avec au final un jeu perdant/perdant. Vive l’Europe…
 
Des incertitudes sur la baisse des prix…
De plus, pour que cela marche, comme le souligne Jean-François Coppé, il faut que les entreprises traduisent la baisse des cotisations en baisse des prix. Or :
i) certaines entreprises peuvent décider d’accroître leurs marges en ne modifiant pas le prix de vente. On peut toujours espérer que les entreprises "jouent le jeu", mais si elles peuvent éviter de le jouer, elles le feront, en dépit des injonctions de nos dirigeants...
ii) d’autres entreprises qui ont des processus productifs peu intensifs en main d’œuvre récupéreront peu sous formes de baisse des cotisations, elles ne pourront donc baisser que relativement peu les prix de vente
iii) d’autres entreprises encore, qui fabriquent des produits dont le contenu en importations est élevé, ne pourront que difficilement baisser leurs prix,
On aura donc des effets différenciés selon les entreprises et les secteurs, avec un effet macroéconomique incertain. Aura-t-on nécessairement inflation ? Non, si les entreprises parviennent à comprimer les salaires, mais alors on aura perte en termes de pouvoir d’achat. Oui si les salariés parviennent à négocier des augmentations de salaires pour compenser la hausse des prix, mais c'est alors l'avantage en termes de compétitivité prix qui disparaît.
 
…et sur les effets quantités
Croire que cette réforme va permettre de réduire les importations et d’augmenter les exportations est un peu rapide, également : la TVA sociale, qui est assimilable à une dévaluation, en présente les inconvénients. Notamment, les effets sur les quantités importées et exportées dépendront de la sensibilité des acheteurs aux variations de prix (ce qu’on appelle les élasticités prix de la demande d’importation et d’exportation).
Si les élasticités prix des importations sont faibles, on continuera à acheter autant de produits étrangers, simplement on les paiera plus chers (ce sera le cas pour tout un ensemble de produits, à l’évidence). Idem pour les biens qu’on exporte et qui sont peu sensibles aux prix, pas d’effet volume à attendre. Là encore, donc, effet macro-économique ambigu.
 
De plus, c'est un très mauvais signal pour les entreprises
En favorisant la compétitivité prix, on incite les entreprises à adopter certains positionnements stratégiques, et on désincite à l’engagement dans des stratégies de compétitivité hors prix. Or, le problème essentiel de la France est celui de la qualité de sa spécialisation, trop sur le premier type d’activité, pas assez sur le second.
Plus généralement, en réduisant la question de l’avantage concurrentiel des firmes à celle des différentiels de coût du travail, on occulte l’importance d’une part des gains de productivité en vue de réduire les coûts salariaux unitaires (et des moyens de les soutenir : investissement en capital physique, humain, public, réorganisation des entreprises) et d’autre part des stratégies de différenciation/innovation pour sortir de la concurrence en prix.
 
Qui va perdre ?
L’instauration d’une TVA sociale va se traduire mécaniquement par une hausse des prix, à moins qu’on ne fasse pression à la baisse sur les salaires.  Dans les deux cas, cela va peser sur le pouvoir d’achat de certaines personnes. Quelles personnes ? Avant tout les personnes à faible revenu qui consacrent l’essentiel de leur budget à la consommation de produits quotidiens qui seront taxés plus fortement. Ainsi que les personnes qui ont un faible pouvoir de négociation, et qui ne pourront pas obtenir de hausse des salaires pour compenser la hausse des prix (ou qui seront victimes de la compression des salaires), autrement dit une partie des salariés et les petits retraités.
On peut toujours se dire que les gains des uns compenseront les pertes des autres, mais ce seront plutôt des gains à court terme, susceptibles d’être annulés très rapidement (mesure similaire de nos partenaires zone euro, variation du change et/ou baisse des prix pour nos partenaires hors zone euro). Plus généralement, c’est l’économie française qui a toutes les chances d’y perdre, car l’instauration d’une TVA sociale risque de freiner l’évolution de la spécialisation de l’économie française vers des secteurs plus innovants, créateurs de plus de richesses et d’emplois et mieux à l’abri de la concurrence en coût.
 
Pour compléter, vous pouvez regarder l’avis de plusieurs économistes, sur lesquels je me suis appuyé pour rédiger ce billet (ordre alphabétique) :
 
Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter l’argumentation de Jean Arthuis, ancien ministre de l’économie et président de la commission des finances. Forcément compétent en économie, donc. Au journaliste qui l’interroge sur de possibles effets inflationnistes, il répond que les prix des produits fabriqués en France n’augmenteront pas, puisque la baisse des cotisations compensera la hausse de la TVA mais qu’en revanche les produits importés seront plus chers. Et là, asseyez-vous bien : « Mais ceux qui les font venir de l’étranger dégagent des marges telles qu’ils auront l’élégance de ne pas augmenter leurs prix de vente, concurrence oblige ». Je crois qu’il a perdu son dernier neurone, notre ancien ministre de l’économie. En tout cas, j’ajoute immédiatement une section à mon cours d’économie de l’entreprise intitulée l’élégance économique
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Dimanche 3 juin 2007

Ségolène Royal (PS) a estimé samedi que l'abaissement de la majorité pénale prévu dans le projet Dati serait "la pire des solutions", proposant à la place un renforcement des moyens de la justice des mineurs et une "sanction au premier acte de délinquance".

"Le projet de loi en préparation va remplir les prisons", a-t-elle observé, en campagne en Ile-de-France pour soutenir des candidats aux législatives.

La finaliste malheureuse de la présidentielle a préconisé de "faire en sorte qu'il y ait une baisse de la délinquance des mineurs, sans leur offrir comme seule perspective la prison à 16 ans".

"Non à la prison pour les mineurs, non à cette solution qui les fait sortir plus délinquants", a lancé la responsable, en campagne dans la 21ème circonscription de Paris aux côtés de George Pau-Langevin et de Patrick Bloche, candidat dans la 7ème limitrophe.

"Ils annoncent précipitamment des mesures sur les jeunes délinquants, mais ils ont eu cinq ans pour (les) mettre en place", a relevé la présidente de Poitou-Charentes, faisant allusion au gouvernement mis en place par Nicolas Sarkozy, président et ex-ministre de l'Intérieur. "Pendant ce temps, la délinquance des mineurs a augmenté", selon elle.

Jugeant nécessaires des "contre-propositions" au projet de réforme de la garde des Sceaux Rachida Dati, elle a suggéré de "mettre les parents devant leurs responsabilités, régler les problèmes de logement, gagner la bataille de l'emploi pour les jeunes".

Les mineurs délinquants sont tous "en situation d'échec scolaire. La première obligation de la République, c'est de faire réussir les enfants à l'école", a dit Mme Royal.

A ce propos, elle a demandé que "le soutien scolaire individualisé gratuit que Nicolas Sarkozy a repris dans (son) pacte présidentiel" à elle soit "mis en place dès la prochaine rentrée scolaire".

"Si on abaisse la majorité pénale comme le propose Rachida Dati, la seule solution sera la prison pour les mineurs, c'est-à-dire la pire des solutions", selon Mme Royal, qui demande "une réponse dès le premier acte de transgression": "Réparation, travail d'intérêt général et aussi éventuellement encadrement militaire".

Mme Royal a préconisé de "rendre leurs moyens à l'école et à la justice des mineurs, qui est dans une situation de misère incroyable".

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Dimanche 3 juin 2007


Lundi 4 juin à Carpentras, salle polyvalente, réunion publique de Nadine Peris et Max Raspail.

Nadine Peris, candidate à la députation et Max Raspail, son suppléant, sont les candidats PS / PRG de la 3è circonscription. Scrutin les 10 et 17 juin.

Claude haut, président du Conseil général de Vaucluse et Pierre Moscovici, Vice-président du Parlement européen et député européen, seront les invités des candidats.

Entrée libre, ouverte à toutes et tous. Questions, réactions, ils vous ouvrent grande la porte de l’avenir.

Les députés votent les lois ; sans opposition, nous n’aurons plus le droit de nous plaindre. 
Sans opposition, pas d’amendement, pas de contestation.
Tout est possible, le pire, si nous ne réagissons pas, et le moins pire si nous réagissons.

Alors venez nombreux à la grande Salle polyvalente de Carpentras, 
ce lundi 4juin 2007, à 18H30. 
A demain, amenez vos ami (es), vos ami (s), 
vos voisines, vos voisins, vos copines, vos copains, 
toutes et tous,Nous comptons sur votre motivation, 

Amitiés, Alain


 

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Dimanche 3 juin 2007

Ce n'est maintenant un secret pour personne, la Droite au pouvoir veut instaurer une franchise sur les soins. Les contours de cette proposition de loi sont encore assez flous, mais l'on peut dès à présent s'interroger sur le bien fondé d'une telle mesure et les risques induits.

De quoi s'agit-il? Tout d'abord, il y a tromperie sémantique. En effet, une franchise se définit comme "une exemption de paiement d'impôts, de taxes". Or, c'est bien du contraire dont il s'agit en l'espèce! Nicolas Sarkozy propose un nouvel impôt sur les soins, une nouvelle taxe sur les actes médicaux. Il s'agit ici, en effet, d'instaurer quatre "franchises" annuelles sur les consultations chez les médecins, les médicaments, les analyses biologiques et l'hôpital. Le nouveau président veut créer un seuil annuel de dépenses en dessous duquel l'assurance maladie ne rembourserai pas. Franchise qui, pour mieux jouer son rôle de dissuasion de la consommation, ne sera pas remboursable par les assurances complémentaires, au moins dans un premier temps.

Le principe d'un montant forfaitaire non remboursé par la Sécurité Sociale a été instauré par la loi du 30 juillet 2004. L'objectif du projet (présenté en Conseil des Ministres un mois et demi plus tôt seulement et adopté dans l'urgence et sans véritable débat par le Parlement !) était de dégager quinze milliards d'euros d'économies et de ressources nouvelles pour parvenir à l'équilibre financier en 2007 (10 milliards d'économies et 5 milliards de ressources supplémentaires). Cette loi prévoyait notamment, outre l'instauration d'une franchise médicale de 1 euro par acte médicale donc, la mise en place d'un dossier médical personnel et du médecin traitant ; la création d'une Haute autorité de santé chargée de se prononcer sur l'efficacité thérapeutique des produits, des actes et des protocoles de soins ; des mesures de financement de l'assurance maladie  appuyées notamment sur la CSG... L'idée d'une franchise n'est donc pas nouvelle.

Mais c'est aujourd'hui un effort supplémentaire considérable qui est demandé aux citoyens! C'est tout notre système de santé qui est remis en cause. Les entorses à l'égalité de tous devant le droit à soigner sont déjà légion : refus de soins pour les patients bénéficiant de la  Couverture Médicale Universelle (voir par exemple ici un rapport au Premier Ministre) ; dépassements d'honoraires à répétition ; etc... Mais la droite propose aujourd'hui de légaliser cette inégalité en gravant dans le marbre une médecine à deux vitesses.  Certes, notre système de santé est fortement déficitaire, mais une franchise fondée sur un principe cher à la droite de responsabilisation et de transfert du déficit sur les bénéficiaires est injuste, dangereux et inefficace.

Cette mesure va totalement à l'encontre de la philosophie de la CMU mise en place par un gouvernement de Gauche. L'objectif majeur de cette réforme était de garantir un égal accès aux soins. Instaurée par la loi du 27 juillet 1999, "ce nouveau dispositif était destiné à assurer l'exercice relatif du droit de se soigner et à autoriser l'accès de tous à la même médecine, en permettant à chacun de bénéficier de la protection d'un régime de sécurité sociale et en faisant disparaître les obstacles qui conduisent de nombreux assurés à renoncer à se faire soigner ou à retarder leurs soins" (Rapport 2001-12). Ainsi, le caractère universel de l'assurance maladie est affirmé par le jeu d'une simple condition de résidence régulière sur le territoire français pendant trois mois, c'est la CMU de base. La grande motivation de la CMU était de fournir une complémentaire santé aux 10% de français qui n'en bénéficiaient pas pour des raisons financières.

N'oublions pas que les français sont déjà en situation de forte inégalité face à la santé ! Par exemple, environ sept années séparaient l'espérance de vie à 35 ans d'un homme cadre ou occupant une profession intellectuelle supérieure de celle d'un ouvrier (voir L'Etat des lieux des inégalités sociales de santé en France ou l'Observatoire des inégalités).

Que peut-on alors reprocher à ces nouvelles franchises? C'est une régression sociale, dans la mesure ou une franchise identique pèse différemment selon les revenus. Dix, cinquante ou cent euros peut être un montant dérisoire pour les plus aisés quand une telle somme est un frein pour les plus pauvres. C'est donc une menace sur l'accès aux soins des plus modestes. C'est aussi une menace sur l'accès aux soins primaires et la santé publique. Cette mesure vise en effet principalement les "petits et moyens consommateurs" qui vont avoir tendance à réduire les consultations de prévention ou les soins pour les maladies apparemment moins sévères. C'est ensuite une remise en cause du tiers payant, dans la mesure ou les praticiens ne pourront pas savoir si la franchise est dépassée ou nom. L'avance de frais nécessaire peut alors être une véritable incitation à ne pas se soigner (voir le site www.appelcontrelafranchise.org). Il existe également un risque de détournement des classes plus aisées vis-à-vis des régimes de base, et donc une baisse des cotisations perçues entrainant in fine un démantèlement de l'assurance-maladie, socle de la cohésion sociale en France.

Il faut donc réaffirmer avec force les principes fondateurs de l'assurance maladie : l'égalité dans l'accès aux soins, la solidarité et l'accès à des soins de qualité (voir ici). Comme l'affirmait le Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie en 2004 : "En définitive ce qui est en jeu aujourd'hui n'est rien d'autre que de trouver un chemin de "développement durable" pour notre système de solidarité. Le développement durable n'est pas, on le sait, le refus de la croissance - en l'espèce, de la croissance des dépenses de santé -, mais le refus d'une croissance dépourvue de sens, qui dilapide ses ressources et se détruit elle-même". Cette recherche ne doit pas être une remise en cause de notre pacte social, même si les problèmes sont aujourd'hui importants : déséquilibre financier, inefficacité des plans de redressements et des outils de maîtrise jusqu'à présent mis en place. La Gauche, dans la campagne législative en cours, réaffirme avec force sa conception du système de santé : priorité à l'hôpital public, préparation de l'avenir à travers un plan ambitieux en matière de recherche et développement, lutte contre les dépassements d'honoraires et le refus des soins aux bénéficiaires de la CMU, développement d'un plan de prévention des maladies graves, assurance d'un service de santé de proximité. Elle devra aussi proposer des réformes défendant ces valeurs dans un souci d'équilibre financier afin d'être force de proposition. La dénonciation n'en sera que plus efficace.  

 

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Dimanche 3 juin 2007
anti_bug_fckBonne lecture ... Voilà une analyse intéressante ... A bientôt, amitiés à toutes et tous, Alain

La politique du pitre, parce que Nicolas Sarkozy a su décrédibiliser la fonction présidentielle les secondes, les minutes, les heures et les jours suivant son élection à la magistrature suprême : Fouquet’s, boîte de nuît réservée, jet et yacht privés d’un ami milliardaire, séjour sur les plages maltaises durant les commémorations traditionnelles du 8 mai 1945, joggings matinaux devant les caméras et de supposés « paparazzi », gourmette en or, lunette Ray-Ban, chaîne et montre rutilantes, démarche grossière lors de la passation de pouvoir, présentation quasi outrancière de sa famille à l’entrée du palais de l’Elysée déclassé de lieu symbole de l’exercice du pouvoir à simple résidence personnelle, élocution saccadée, etc. En regardant sa télévision, on pouvait s’étonner de constater qu’un monsieur si peu respectueux, et du protocole, et des institutions, puisse jouer le premier rôle. Il faut bien avouer que les De Gaulle, Mitterrand, voire même Chirac dans une moindre mesure, nous avaient habitués à « mieux ». Maintenant, nous sommes plutôt à l'ère de la bouffonnerie ...

Quoi qu’il en soit, on constate que la fonction ne suppose plus une culture personnelle au-dessus de la moyenne, ni un sens de l’Etat manifeste. Il est de notoriété que ces qualités ne sont pas celles de monsieur Sarkozy. Ce dernier nous opposerait sa proximité avec le peuple, son refus de l’intellectualisme « bien-pensant » et souvent « de gauche ». Nous lui opposerons ses proximités manifestes avec les milieux financiers, médiatiques et les faiseurs d’opinion, que jamais aucun avant lui n’avait connu, ni à droite ni à gauche.

Peut-être parce qu’avant cette « droite décomplexée », que monsieur Sarkozy a su imposer d’abord à l’UMP (au grand dam de Jacques Chirac) puis à la France, les chefs de l’Etat considéraient comme antirépublicaines de telles proximités banalisées. Comment, en effet, considérer démocratique un régime qui contrôlerait l’ensemble médiatique et qui entretiendrait des relations ambiguës et intéressées avec les plus grands groupes financiers et industriels, au détriment du peuple ? S’il est vrai que la France n’a jamais condamné concrètement ce que l’on appelle les « républiques bananières », elle a désormais adopté de façon discrète et propre un modèle très similaire.

Il y a un certain risque à écrire à découvert de telles critiques pourtant bien dérisoires tant elles sont désormais établies. Un président de la République est le représentant du peuple de France et mérite le respect qu’impose son élection au suffrage universel. Certes, mais la démocratie nous donne le droit, à nous citoyens, d’émettre nos critiques librement dans la mesure où elles ne divulguent pas l’intimité de la vie privée ou n’ont pas de caractère raciste ou xénophobe. Qui plus est, la campagne électorale n’ayant pas été des plus démocratiques du point de vue de son traitement médiatique, il serait « un peu gros » de venir maintenant condamner la moindre critique formulée à l’égard de son vainqueur.

Pourtant, la crainte est persistante. Le citoyen non anonyme, de la même façon que le journaliste public n’osait guère s’en prendre à Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur puis candidat de l’UMP à l’élection présidentielle, ose encore moins s’en prendre, même complaisamment, à Nicolas Sarkozy président de la République (on peut craindre qu’il en soit de même pour les juges confrontés à un avocat du cabinet qui porte toujours son nom au mépris de toute éthique).

Une habileté politique exceptionnelle

Soyons honnêtes : Monsieur Nicolas Sarkozy est un homme politique extrêmement habile. Il a organisé à la perfection son accession au pouvoir suprême.

Depuis 2002, il s’est imposé dans le paysage médiatique, à user de ses relations et les a entretenues intelligemment. Jamais il n’est apparu en état de faiblesse, jamais il n’a laissé son incompétence technique (pourtant manifeste) le surprendre ou le dévoiler.

Politiquement, il a su ensuite se montrer indispensable à la droite et a imposé la ligne idéologique « décomplexée » d’un parti qu’il a obligé à l’élire président.

Président du parti majoritaire, l’échec au référendum sur le traité constitutionnel européen lui permit de revenir au gouvernement. Un échec qui pour certains aurait été préparé : alors que Jacques Chirac avait choisi la date du référendum - le 8 mai, jour symbole car commémorant la fin de la Seconde Guerre mondiale - à laquelle tous les sondages donnaient encore le « Oui » gagnant, Nicolas Sarkozy - selon certaines sources - proposa une date ultérieure - le 29 mai - finalement retenue par le président en exercice qui avait un intérêt commun avec son successeur : faire « exploser » le Parti socialiste. Entre le 8 et le 29, le « Non » avait pu convaincre une majorité des Français, l’Europe politique était repoussée, le gouvernement était défait, le retour du président de l’UMP assuré.

Durant ces cinq dernières années, monsieur Sarkozy a su « éclater », par une individualisation massive, toujours plus la société française. S’adressant toujours à « chacun » et non à « tous », divisant les chômeurs contre les « travailleurs », les « assistés » contre les « bosseurs », les Français de souche contre les immigrés (supposés ne venir que d’Afrique), les « soixante-huitards » et les « fauteurs de troubles » contre la « majorité silencieuse », les « intellectuels bien-pensants » contre les citoyens du concret, « les Français qui se lèvent tôt » contre ceux qui se « lèvent tard », etc.

Bref, chaque citoyen pouvait aisément se retrouver dans ces propos et acquiescer avec la plus grande ferveur. Il est toujours plus facile de remettre la faute sur un autre que se remettre personnellement en question. C’est pourquoi même un Français percevant des allocations abusivement (donc, condamné tant par la gauche que par la droite) pouvait voter et appeler à voter « Nicolas Sarkozy ». Car il lui était dès lors aisé de trouver un bouc émissaire : « c’est la faute à ces immigrés qui font venir femmes et enfants et qui perçoivent toutes nos aides pour pratiquer leur intégrisme et détruire nos traditions ». Cette pensée proprement raciste et écœurante illustrée par ce genre de propos n’a jamais été combattue par Nicolas Sarkozy qui bien au contraire la développait à l’extrême. La peur de l’autre et son accusation perpétuelle : voilà la clé d’une réussite électorale facile. Le président de la République l’avait parfaitement saisie et, avouons-le, l’avait usée de la meilleure (pire) des manières (rappelons-nous du « mouton égorgé dans la baignoire » sur TF1).

Cette ligne stratégique a un effet néfaste : elle divise profondément et suscite tant l’adoration que la haine. Pour la première fois dans l’histoire de la Cinquième République, l’élection d’un président a suscité de très violents heurts dès l’annonce des résultats. Si 53% des Français ont voté pour M. Sarkozy, 47% ont voté contre, avec un sentiment très prononcé de crainte et de répulsion à l’encontre du candidat UMP.

Pendant trois nuits consécutives, des rassemblements s’opposant à Nicolas Sarkozy et à la politique qu’il représente, encadrés par d’importants dispositifs policiers, se soldèrent partout en France par des affrontements et des incidents. Entre le 6 et le 8 mai, 841 personnes furent interpellées sur l’ensemble du territoire. La justice fut alors appelée à punir ce qui était présenté comme un « déni de démocratie ». Les comparutions immédiates se multiplièrent. De nombreuses peines de prison ferme tombèrent comme autant de coups de matraque souvent dans les conditions d’une justice pour le moins « expéditive ».

Selon Emmanuelle Perreux, présidente du syndicat de la magistrature, « aujourd’hui, une atteinte à un officier de police, qu’il s’agisse même d’outrage ou de rébellion, est considéré comme un fait extrêmement grave et donne lieu à des poursuites ». A Paris, Romain, sans antécédents judiciaires, écopa de quatre mois ferme pour « tentative de violence volontaire ». Un haut magistrat considère « scandaleuse » cette disproportion flagrante entre les délits et les peines.

Selon le syndicat de la magistrature, les procureurs généraux donnèrent des consignes orales aux parquets. « Il s’agit de favoriser la procédure de comparution immédiate et de requérir des peines sévères », toujours d’après Emmanuelle Perreux. « Ces consignes ont été suivies ». Le gouvernement Jospin avait supprimé les instructions aux parquets par le Garde des Sceaux et les procureurs généraux en matière d’action publique. La loi Perben II du 9 mars 2004 les a rétablies. Emmanuelle Perreux relève d’ailleurs une intervention de plus en plus présente des procureurs généraux, et « une subordination hiérarchique directe ». Cette subordination est facilitée par le statut même des magistrats du parquet, qui sont placés sous la direction et le contrôle de leurs supérieurs hiérarchiques et sous l’autorité du Garde des Sceaux. Ils peuvent être mutés et révoqués contre leur gré, contrairement aux magistrats du siège qui, eux, sont inamovibles.

Bref, on peut craindre sérieusement que l’Etat ne reconnaisse plus la contestation politique comme légitime. Rappelons que les mouvements contestataires sont beaucoup moins durs et violents qu’avant - la perception d’une violence accrue est une illusion d’optique. Mais la répression, elle, est nettement plus dure. Cette répression judiciaire bafoue certains principes élémentaires de la justice pour de nombreux avocats et magistrats. La détention provisoire, considérée comme « exceptionnelle » dans le code de procédure pénale, est ainsi généralisée. La défense dispose de peu de temps pour s’organiser. Les inculpés sont présentés à la chaîne devant les juges.

Tout cela, cependant, n’a que peu d’importance pour monsieur Sarkozy qui ne retient que l’effet positif de sa stratégie - son élection - et qui pense suffisamment contrôler l’état de l’opinion française. Il est certain que ses relations privilégiées avec l’ensemble des médias et des sondeurs qui ne connaissent plus aucune indépendance l’y aident concrètement.

Depuis son élection, Nicolas Sarkozy ne s’arrête pas pour autant dans sa conquête du pouvoir. Alors qu’il est l’homme le plus important de France, il lui faut toutefois une majorité absolue pour être en mesure de diriger comme il l’entend le pays. La stratégie qu’il emploie est là encore extrêmement habile, voire franchement « diabolique ».

En flattant les ego, en usant de quelques « dossiers » et « affaires », en jouant de son pragmatisme, il a su mettre en lumière certaines personnalités de gauche à ses côtés. Bien sûr, ne laissant rien au hasard, ces nouveaux membres de son gouvernement d’ « ouverture » sont strictement surveillés par des proches et voient leurs champs de compétence concrète sérieusement entamés. Mais qu’importe, la lumière médiatique ne porte pas sur ces détails mais bien sur les nouvelles « têtes d’affiches » de cette « ouverture à gauche ».

C’est un excellent stratagème que de faire croire en une certaine cohabitation telle que celle pratiquée en Allemagne. Monsieur Sarkozy se souvient du succès rencontré par François Bayrou lorsqu’il souhaitait mettre fin au « bloc contre bloc ». Voilà que le nouveau président fait mine de l’appliquer... en écartant tout proche du président du Mouvement démocratique.

Pour l’opinion publique « travaillée » et scrutée depuis cinq longues années, et qui forge essentiellement ses idées suite à ses lectures, écoutes ou visions de médias proches du pouvoir, l’illusion n’est pas perceptible.

Pourtant, là encore, une telle stratégie excellemment menée a un effet néfaste : le renversement implicite, camouflé, travesti de la démocratie en France. Ce que souhaite Nicolas Sarkozy s’apparente au contrôle et au pouvoir absolus. En mettant en exergue son ouverture, il parvient en réalité à enfermer l’ensemble des positionnements idéologiques entre ses mains. Sa stratégie a pour objectif de décrédibiliser totalement le Parti socialiste et a lui laisser un minimum de sièges à l’Assemblée nationale. Monsieur Sarkozy forme doucement mais sûrement un régime à parti unique, l’UMP - dont il n’a pas délégué la présidence -, qui comprendrait un prétendu « pôle centre », et un supposé « pôle gauche » à côté d’une droite dure et décomplexée, qui en réalité mènerait la danse.

« C’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie »

Pour conclure, je voudrais simplement citer Alexis de Tocqueville qui dans la première moitié du XIXe siècle écrivait :

« (...) Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.

« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie (...) ».

Nicolas CADENE

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