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Jeudi 29 mars 2007

 

Vous vous souvenez des questions restées plus ou moins sans réponses lors de la dernière élection présidentielle américaine à propos de certaines machines à voter ? Faites-vous aveuglément confiance à un ordinateur dont le contenu et la programmation sont secrets ? Qui me garantit que ce que je vais voir affiché par la machine sera effectivement enregistré ? Qui garantit un contrôle impartial et collégial du dépouillement ? Or il se trouve que depuis 2004, des communes s'équipent en ordinateurs de vote (dénommés “machines à voter” par le Code électoral). Plus d'un million d'électeurs seront concernés en 2007.

Ce qui se passe à l'étranger devrait nous alerter :

  • En 2004, l'Irlande a acheté 7500 ordinateurs Nedap (marque la plus répandue en France). Ces ordinateurs sont restés depuis dans des entrepôts sans jamais servir.
  • En 2006, aux Pays-Bas, des informaticiens ont démontré la facilité d'influencer de manière indétectable les résultats d'un ordinateur Nedap.

À vous de juger !

 

Cliquez ici : http://recul-democratique.org/petition/

par Alain publié dans : info
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Jeudi 29 mars 2007

 

 

La fin de Sangatte n'a pas fait disparaître les migrants. Elle les a rendus moins visibles.

 

Ce même principe a été appliqué avec les péripatéticiennes :

 moins visibles oui, mais en danger !!!

Il faut de la dignité, du respect !!! On est bien loin de tout çà !!!  
 
 
A bientôt, Alain (lire la dernière phrase de cet article : elle résume la détresse de Hamid)
 
 
Autour de Calais, la forêt, sinistre asile des clandestins
 
Par Haydée SABERAN
QUOTIDIEN : jeudi 29 mars 2007
Pas-de-Calais envoyée spéciale
 
 
C'est une forêt du Pas-de-Calais. On s'enfonce sur un chemin, devenu boueux à force d'avoir été piétiné. Des Afghans mangent et dorment là en attendant de se glisser sous un camion sur l'aire d'autoroute voisine, dans l'espoir de passer en Angleterre. Au bout du chemin, ils sont une petite quarantaine. Certains s'avancent, d'autres dorment sous les tentes de bâches en plastique et de couvertures. Ils sont sales et tendus. Ils reprochent à Hakim, un jeune homme de 16 ans, d'avoir montré le chemin du campement à Libération.  «Il ne faut pas écrire sur nous, sinon la police reviendra.» On promet qu'on ne donnera aucune indication du lieu. Un feu de bois. Une casserole. «La police est venue ici, il y a quelques jours, on préparait le repas. Des jeunes comme nous, qui couraient vite. Ils ont donné un coup de pied dans la casserole. On fuyait, ils nous frappaient. Abdolkarim s'est retrouvé à l'hôpital.» Un garçon au visage et aux mains écorchés par les ronces désigne un grand jeune homme au teint maladif. Il a été transporté évanoui, est resté en observation une dizaine d'heures. «Regarde-le, le pauvre. Certains d'entre nous sont en train de devenir fous.» Il montre un garçon qui sourit. «Lui, il se réveille paniqué la nuit, il crie "Police !" et s'enfuit. Nous aussi on se met à courir, et puis on se rend compte qu'il n'y a pas de policiers.» 
 
«Skinheads». Malgré quelques descentes comme celle-là, les migrants de cette forêt échappent un peu plus à la police qu'à Calais. Du coup, ils sont loin des humanitaires qui nourrissent, soignent et proposent des douches (1). Calais, c'est loin, et c'est s'exposer à des compagnies de CRS qui chassent le migrant, parfois en plein jour. Nerveuses au point d'avoir menotté et retenu plusieurs heures un journaliste local qui prenait des photos. Pour ne rien arranger, cette semaine, Salam dénonce «trois ou quatre ratonnades à coups de battes de base-ball par des skinheads, c'est nouveau». 
Un jeune Afghan montre un fossé rempli d'eau : «On se lave là. On recueille l'eau de la pluie pour boire.» Des habitants passent leur porter de la nourriture. «Mais seulement de temps en temps, on a faim.» Un garçon n'a que du duvet au-dessus de la lèvre. On lui demande son âge : «12 ans.» Seul ici ? «Non, mon oncle est là.» Il désigne un garçon de 15 ans.
A Calais, dans les trois forêts entre les usines et le port, les gens se cachent par nationalités : Erythréens, Somaliens, Soudanais du Darfour, Iraniens, Afghans. La police détruit de façon systématique les cabanes de toile et de couvertures. Le matin, les migrants qui n'ont pas réussi à traverser la Manche pendant la nuit marchent avec prudence vers le quai de la Moselle où Sylvie, de l'association Salam, reste le plus longtemps possible avec ses thermos de thé géants. «Quand je suis là, les policiers les laissent tranquilles.» Un soir, sur le port, un jeune Afghan, fatigué de Calais, dit au revoir, l'air entendu : «Tu ne nous verras plus. Ce soir, avec d'autres Hazaras [chiites d'Afghanistan, ndlr], je passe par la Belgique.» On ne l'a pas revu.
Nicolas Sarkozy affirme qu'il a divisé le nombre de clandestins à Calais par «vingt ou trente» avec la fermeture du hangar de Sangatte. Il est vrai qu'il y a quelques semaines on a vu 50 migrants faire la queue au repas du soir distribué par Salam. A Sangatte, ils étaient une moyenne de 1 500 sous le hangar. Mais ce décompte n'est vrai qu'en apparence tant ils sont dispersés. Dans la campagne, du côté de Gravelines, Saint-Omer, Dunkerque, le long des autoroutes ou près du port industriel de Dunkerque, à Paris, gare de l'Est, et, dans une moindre mesure, dans les ports de Caen-Ouistreham, Dieppe, Saint-Malo et Le Havre, et les ports belges. Enfin, ils sont tout le temps sur les routes (lire ci-contre). En temps normal, à Calais, ils sont entre 300 et 400. Hier soir, selon Jean-Claude Lenoir, de Salam, ils étaient 130 à la distribution du repas. «On est en période électorale, traduit Martine, infirmière bénévole à Médecins du monde, il faut qu'ils deviennent invisibles.» 
Bonnet. Dans les discrets locaux du Secours catholique, ils viennent prendre leurs douches, acheminés par minibus. «Le seul endroit où ils se détendent vraiment», dit Michaël Boude, de l'association. Jacky, un autre salarié, rigole avec eux avec trois mots de persan : «Boro digué ! Baré to kolâ nadâram !» («Bouge de là, je n'ai pas de bonnet pour toi !»). Sortant de la douche, Hamid, afghan, 21 ans, chante : «J'ai voyagé, et trois chagrins me sont arrivés : je suis à la fois étranger, captif et loin de ma bien-aimée.» 
 
(1) Secours catholique, Salam, Collectif de soutien d'urgence aux réfugiés, Médecins du monde.
par Alain publié dans : info
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Jeudi 29 mars 2007
  1. ALORS POURQUOI TANT DE HAINE !!!

Bonne lecture, à bientôt, Alain (et lisez bien jusqu'à la fin, merci)

 
Nicolas Sarkozy, l'homme du passif sécuritaire
 
Après les violences de la gare du Nord, l'ex-ministre de l'Intérieur a été pris à partie hier et suscite des critiques croissantes jusque dans les rangs de la police.
Par Antoine GUIRAL
QUOTIDIEN : jeudi 29 mars 2007
Douai et Lille envoyé spécial
 
 
 
«F acho», «provocateur», «loubard en costume»... Lorsqu'il débarque hier midi gare du Nord pour prendre le TGV, Nicolas Sarkozy est accueilli par des cris hostiles, des sifflets, des huées. L'ex-ministre de l'Intérieur est sous pression, le visage tendu, rongé par des tics faciaux. La police en civil est partout. Un vendeur de journaux de rue brandit une caricature représentant le candidat de l'UMP avec des couteaux plantés dans le corps : «Sarkozy en train de se faire décapiter la tête, ça vous dit ?» La tension est palpable, la haine affleure. Le patron de l'UMP fonce. Il évite le local de la police qui a été assiégé la veille, mais félicite trois fonctionnaires en uniforme pour leur travail.
 
Basculer. Sarkozy sent que quelque chose d'important est en train de se jouer. Il sait que sa campagne est plus fragile que ce que les sondages laissent apparaître. Un début d'émeute comme la veille ici, et tout peut basculer. Il se doit de réagir en chevauchant au plus vite les thèmes de l'ordre et de la sécurité, pour ne pas laisser d'espace à Le Pen. Ni à Royal ou Bayrou, qui l'accusent d'avoir fracturé le pays (lire ci-dessous). Alors, pour la première fois (il y en aura quatre autres avant son meeting du soir à Lille), il revient sur les violences de la veille. «Les gares sont des lieux de droit, c'est le territoire de la République. On n'a absolument pas à accepter que des voyous y commettent de tels actes. Je ne serai pas du côté des tricheurs, des provocateurs, des malhonnêtes qui pensent que pour se faire entendre il faut détruire une gare et des équipements publics payés par les contribuables.» Avant de s'engouffrer dans son wagon, il répond à une question de Libération sur ce que révèle ce climat de défiance entre la population et la police : «Depuis des années, une idéologie post-soixante-huitarde a conduit à tolérer l'intolérable, et je dois dire que le journal Libération en est un des éléments les plus brillants.» 
«Fiancée». Assis dans le train face à l'ex-ministre de la Santé Xavier Bertrand, Sarkozy passe le trajet à marmonner dans son portable, tête collée à la vitre. A peine arrivé à Lille, il remet ça sur le quai : «Ce ne sont pas des jeunes qui ont fait ça hier, n'insultez pas les jeunes. Les jeunes, ce ne sont pas eux qui foutent le feu aux voitures ou cassent une gare. Alors, que les voyous ne m'aiment pas, la réciproque est vraie aussi...» Juste avant d'entrer dans sa voiture, une jeune femme le hèle : «Mon ami rêve de vous parler, mais il ne peut pas car il porte un bracelet électronique... Je l'ai, là, au téléphone...» Le candidat attrape l'appareil : «Oui allô, c'est Nicolas Sarkozy. Allez, je vous embrasse et j'embrasse votre fiancée...» 
A Douai, le voilà qui déboule dans un centre d'accueil téléphonique. Poignées de main, sourire forcé et fausse décontraction. Les questions fusent, sans complaisance. Un garçon prend le micro : «Etes-vous toujours adepte du Kärcher ?» Le climat est tout aussi électrique à l'étape suivante, un immense magasin Décathlon de Villeneuve-d'Ascq. Sarkozy a appris que la gauche et Bayrou l'attaquent. Celui qui posait sa voix et parlait lentement depuis le début de la campagne retrouve un débit saccadé : «Il se trouve une candidate pour donner raison à ceux qui frappent, ceux qui fraudent ; quel exemple !» Face aux salariés de l'entreprise, il se lâche : «J'ai besoin que la France silencieuse, qui est l'immense majorité, dise "ça suffit !"» 
Dans la soirée au Zénith de Lille, dans une ambiance de feu, il achève la contre-attaque : «Quand je pense que deux candidats à la présidentielle ont osé prendre la défense d'un individu connu des services de police pour 22 délits [...]. Eh bien, je vous le dis : le respect et l'ordre, c'est de notre côté. Le soutien à la fraude et à la délinquance, c'est de l'autre côté. Au moins, les choses sont claires.» 
Chère(s) amie(s), cher(s) ami(s),
Il faut apporter des éléments de réponse par rapport au final de Nicolas Sarkozy, à Lille : le problème n'est pas dans l'interpellation de la personne mais dans ce qui a suivi : une émeute ; par ailleurs, des gens ont voulu payer pour la personne interpellée et, ce fut un refus catégorique ; pourtant çà aurait résorbé le problème et, si on regarde ce n'était que de la solidarité ; après ce qu'il s'était passé avec un grand-père sans papiers et une directrice d'école solidaire des enfants, force est de constater que Messieurs de la marée chaussée ont manqué de tact et de discernement ; mais, à l'heure actuelle, est-ce qu'on leur demande çà ? Non, on leur demande plutôt d'appliquer le réglement (le réglement c'est le réglement) !!! Et de faire du chiffre !!!
Amitiés, Alain
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Mercredi 28 mars 2007
 
 
C'est, en fait, la réconciliation des Français avec la politique
que vise Ségolène Royal.
 
 
Amitiés, Alain
 
La VIe République, une révolution douce
 
Par Arnaud MONTEBOURG
QUOTIDIEN : mercredi 28 mars 2007
 
Arnaud Montebourgdéputé de Saône-et-Loire et porte-parole de Ségolène Royal.
 
 
Ségolène Royal a donc repris sa liberté. Elle refuse de se laisser enfermer dans des compromis épuisants entre ce qu'il faudrait changer et tel intérêt qu'il faudrait préserver. Elle ouvre désormais les portes et les fenêtres du système politique aux Français qui s'en sentent exclus et prépare, en portant fièrement cette perspective, le changement de régime.
Ségolène Royal a décidé d'assumer une révolution douce de la politique en France. Dans un mois et demi, les Français pourront donc tourner la page de ce demi-siècle dans lequel ils ont été infantilisés par un système qui les rendait inaptes à choisir leur destin.
La délégation monarchique révolue, voici la construction démocratique où, à l'image de ces débats participatifs qui ont passionné les Français, ceux-ci vont pouvoir construire, infléchir, évaluer les décisions, les réformes et le chemin qu'ils décideront de prendre ensemble dans le pays. C'est l'accomplissement du rêve que Pierre Mendès France détaillait dans sa République moderne
La France doit être capable de bâtir des compromis durables, et ne doit plus se laisser livrer pour se réformer à des passages en force aux effets aussi dangereux qu'éphémères.
La VIe République, c'est l'outil politique dont la France et les Français ont urgemment besoin pour affronter les défis sociaux, économiques, européens et environnementaux . D'abord, elle restaure la séparation des pouvoirs aujourd'hui disparue et engloutie dans la concentration et la confusion permanente des pouvoirs. Le rapport de notre ami sénateur Jean-Pierre Bel précise toutes les audaces et les novations de cette «révolution démocratique». Le Parlement, mieux représentatif de la société française disposera des moyens de contredire et de contrôler une haute administration trop puissante et un gouvernement lourdement coupé des réalités: abolition de l'article 49.3, des commissions d'enquête parlementaires libres, restriction du vote bloqué et de l'usage des ordonnances, fin du domaine réservé présidentiel en matière diplomatique et militaire, contrôle parlementaire des nominations, mandat unique pour les parlementaires, réforme du Sénat et introduction d'une part de proportionnelle, contrôle parlementaire de la construction européenne.
C'est par l'adhésion, la discussion devant et avec le pays qu'on réconciliera le souhaitable et le possible en entraînant les Français vers de nouveaux comportements permettant par exemple le respect des objectifs écologiques sur la protection desquels nous avons pris tant de retard, ou permettant par exemple encore le sauvetage collectif de notre système de santé miné par la dérive financière et l'irresponsabilité de certains acteurs.
La question des finances publiques, de la dépense, de l'impôt comme de la dette, est tout aussi au centre de cette stratégie du changement en profondeur. La Ve République autorise et encourage le mensonge officiel sur les comptes de la Nation, l'impunité à l'égard des manipulations gouvernementales, comme l'irresponsabilité des pouvoirs publics. La VIe organisera la transparence des comptes publics et la cogestion majorité-opposition des fonctions de contrôle de l'exécution des décisions de finances publiques. La mise à disposition du Parlement, de la Cour des comptes, et l'augmentation des pouvoirs de contrôle de l'usage des finances publiques par l'opposition à la tête de la Commission des finances, selon les règles du parlementarisme britannique, c'est en soi un bouleversement considérable. La clarification de l'administration des territoires qui aujourd'hui ajoute au morcellement des compétences la superposition des structures, est également à l'ordre du jour de notre vaste chantier sixiémiste.
Ainsi, la VIe République réalise un déplacement du centre de gravité du lieu des décisions politiques. D'un homme seul imposant aujourd'hui sa décision présidentielle indiscutée et indiscutable aux autres pouvoirs, la VIe République rééquilibre et organise devant le pays une mise en partage des problèmes et une mise en délibération des solutions.
A cet égard, l'entrée des citoyens dans le système politique est de nature à changer profondément la donne. En les constituant en contre-pouvoirs, ils pourront infléchir les grandes décisions, et participer aux compromis que nous auront à assumer dans l'avenir. C'est par l'ouverture du débat et par la recherche du compromis, qu'on réformera, par exemple, les retraites, dans le respect du plus grand nombre, en équilibrant et en répartissant justement les efforts que les Français savent inéluctables. Le droit de pétition, inscrivant à l'ordre du jour des assemblées les questions à délibérer, le droit de provoquer des référendums d'initiative populaire, d'entrer dans les jurys citoyens chargés d'évaluer les politiques publiques et de proposer des ajustements, révolutionneront la prise de décision publique.
Mais ce grand projet jaurèsien est aussi social. La réforme démocratique du système politique doit se transporter aussi dans le système productif, dans l'économie où la recherche du compromis entre le capital et le travail est impérieuse. Le rapport de Jean-Marc Ayrault donne le contenu audacieux à ce projet de démocratie dans les entreprises: élection de représentativité au suffrage universel pour les organisations syndicales et patronales; loi de l'accord majoritaire sur une base élective; présence de représentants salariés dans les conseils d'administration des entreprises; financement public des organisations syndicales. Au lieu d'une loi de la République uniforme, inappliquée et sans force, voici des accords et des conventions tenant lieu de loi, légitimes parce que représentatifs d'une majorité des salariés concernés, et capables d'assurer le progrès social dans la progression économique de l'entreprise.
Chacun aperçoit la puissance du changement que porte en elle la VIe République. C'est au bout du compte la réconciliation des Français avec la politique et, comme l'a déclaré Ségolène Royal «avec l'entreprise, la vraie», celle qui sert les hommes, les territoires et l'avenir de notre pays.
par Alain publié dans : info
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Mercredi 28 mars 2007

 

Ségolène Royal, invitée spéciale de «Libération» :
 «Remettre l'argent là où il est utile»
 
 
Nation, sans-papiers, éducation, emploi, banlieues : face à notre équipe, la candidate a détaillé ses propositions et stigmatisé ses adversaires.
QUOTIDIEN : mercredi 28 mars 2007
 
 
Pourquoi vous être emparée du thème de la Nation à ce moment précis de la campagne ?
Ce thème est par définition présent dans une campagne présidentielle, le candidat ou la candidate ayant pour vocation et ambition d'incarner la République, donc la Nation. Il est normal de pouvoir préciser sa vision des choses sur le sujet et sur la façon dont le lien national doit s'incarner. Le candidat de la droite a donné sa vision des choses, en proposant un ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration. Le candidat UDF, lui, se moque de tout cela. Il a tort. Il est tellement pris dans son filon ni droite ni gauche qu'on ne sait plus ce qu'il pense de rien et donc, pas davantage, de la Nation. Ce qui est d'ailleurs cohérent avec ses positions, puisqu'il n'a pas de programme et donc, ne dit rien. Quant au candidat du Front national, il confond nation et nationalisme. Il y a donc une vraie confrontation des points de vue. Pour moi, c'est très clair. Je suis une Européenne résolue. Je suis partisane d'une France ouverte au monde, internationaliste et généreuse et je considère que la Nation a un autre nom qui est celui de la République. La Nation telle que je la conçois ne demande pas aux gens d'où ils viennent, mais où ils veulent aller ensemble. Elle n'est pas fondée sur les racines, l'ethnie, que sais-je, mais sur une idée. Elle est une idée et c'est ce qui la distingue de ce qu'en ont fait nos adversaires.
 
L'affirmation de la Nation est-elle compatible avec l'internationalisme de gauche ? 
Evidemment, la gauche est internationaliste. Mais il faut donner une réassurance sur l'identité nationale, qui a besoin d'être consolidée au moment où les Français s'inquiètent de la dilution de la Nation dans la mondialisation. Jaurès lui même a réconcilié l'idée de Nation et celle d'internationalisme. Au point, d'ailleurs, d'en mourir ! La Nation, je vous le répète, n'est pas incompatible avec l'ouverture. Ni du côté du local, et je suis de ce point de vue la seule candidate à proposer une régionalisation. Ni de l'autre côté, avec le fait européen. Mais cet enjeu-là est considérable au moment où on observe une confusion des valeurs, une montée des désordres, un doute sur les marges de manoeuvre de la politique.
 
Insister sur la nation, c'est nécessaire pour ramener à gauche les catégories populaires ? 
Je ne fais pas de calcul. Je ne parle pas de la nation pour plaire à telle ou telle catégorie, il s'agit de convictions de longue date. Ministre de l'Enseignement scolaire, j'avais déjà mis l'éducation civique au brevet des collèges. J'ai toujours beaucoup travaillé sur cette question : qu'est-ce qui fait la France ? Je l'avais évoqué à Vitrolles, dans lors de ma déclaration de candidature. Puis lors de l'investiture. Ce n'est donc pas une question de tactique politique.
 
Quelle importance attachez-vous à l'électorat populaire, dont la fuite avait causé la défaite de la gauche en 2002 ? 
La mobilisation des catégories populaires est un des enjeux de cette élection. Non pas pour des motifs partisans mais parce que ces catégories se sont éloignées du vote et qu'il est essentiel pour la santé de notre démocratie qu'elles retrouvent la confiance dans la politique. La crise démocratique, et je suis la seule candidate à en avoir fait le diagnostic précis, a engendré un éloignement du vote, des votes de colère, un sentiment de ne plus compter pour rien, du repli sur soi. Ces sentiments frappent les catégories populaires, et maintenant les classes moyennes. C'est très dangereux : il peut y avoir soit une fuite vers l'individualisme, soit un repli vers des communautarismes et rejet des autres. Plus largement, les catégories populaires ont, comme les autres, besoin d'une réflexion sur l'identité nationale, d'une politique internationale digne de ce nom, de participer au débat sur la culture, l'énergie ou les enjeux de la santé Et je considère que c'est le devoir de la gauche de répondre à ces attentes des catégories populaires, tout comme à la fraction des classes moyennes qui aujourd'hui nourrissent un sentiment de déclassement.
Quelle est votre position sur les régularisations de sans-papiers ? 
Quand Nicolas Sarkozy a convoqué dans les préfectures tous les sans-papiers pour leur faire croire qu'ils auraient des papiers et qu'ils ont finalement été fichés, il a trompé les gens. Il est responsable d'une politique qui a grossi le nombre des étrangers sans papiers et pourtant non expulsables. Il a créé des zones de non droit. Aujourd'hui 26 000 parents d'élèves ne sont pas régularisés malgré les promesses et ne peuvent non plus être reconduits à la frontière. C'est scandaleux dans un Etat de droit, et inhumain. Pourquoi ce problème qui empire depuis plusieurs années n'a-t-il pas été réglé ? Pour ma part, je veux que l'ensemble de ces situations soient examinées sur la base de critères objectifs, et non pas de façon aléatoire ou statistique, avec le sens de la responsabilité et l'humanité nécessaire.
 
Vos relations sont-elles apaisées avec les profs ? 
Je n'ai jamais été fâchée avec les enseignants. Il y a eu la diffusion sur Internet de la fameuse vidéo, et on sait dans quelles conditions elle a été tournée et diffusée : je ne suis bien sûr pas d'accord avec ce type de méthode, car on doit pouvoir participer sereinement à des réunions de réflexion. Mais peu importe. Ce qui compte, ce sont les conditions de travail des enseignants et d'apprentissage des élèves. Les adolescents ont changé, et la formation des enseignants n'a pas suivi cette mutation. Je pense que les enseignants, qui sont gênés par l'accumulation des réformes de l'Education et qui ont un vrai sentiment de déclassement, ont d'abord besoin de reconnaissance. Mais s'ils regardent ce qui a été fait avec la gauche entre 1997 et 2002, et ce qui s'est passé depuis cinq ans, je pense qu'ils voient clairement la différence. Si je suis élue, la prochaine rentrée scolaire se fera en rétablissant les emplois supprimés. Une liberté pédagogique sera donnée aux équipes, des solutions apportées aux élèves décrocheurs qui perturbent les classes et des moyens seront donnés pour développer le travail en équipe.
 
Concrètement, comment «desserrer» la carte scolaire, comme vous le préconisez ? 
La question de la mixité scolaire se définit dans la politique de la ville, dans la politique de l'habitat et dans la politique urbaine. Ce n'est pas l'école qui doit porter seule la question de la mixité. C'est la politique de la ville qui, en amont, accompagne ou pas la mixité. Je souhaite répondre au voeu des parents d'un peu de souplesse dans la sectorisation.
 
Les jeunes s'intéressent à la campagne mais restent sceptiques. Comment comptez-vous les convaincre de s'engager ? 
Je pense que l'ampleur de la crise sociale, économique, écologique, culturelle est telle que le choix est clair. Le prochain scrutin doit leur permettre de choisir dans quelle France ils veulent vivre demain. Moi, je les invite à inventer la France dans laquelle nous allons vivre. A mener la bataille pour l'emploi des jeunes, l'amélioration de leur qualification, la reconnaissance de la France dans sa diversité, dans son métissage, contre toutes les formes de discrimination. Et je les appelle à participer au rééquilibrage entre les pays du Nord et du Sud, car ils ont compris que leur avenir dépendait aussi de la réduction des inégalités Nord-Sud.
 
Suffit-il, pour la gauche, d'expliquer que Bayrou, c'est la droite ? 
Non. Son «ni droite, ni gauche» masque l'immobilisme le plus absolu, le refus de dire clairement quelles sont les solutions qui seront apportées aux problèmes qui se posent au pays. Et l'immobilisme, c'est la poursuite de la situation actuelle dont les Français ne veulent plus. Pour ma part, j'explique dès maintenant comment je vais m'y prendre, et à quelles priorités je vais m'attaquer. Je suis persuadée que les choses vont se clarifier. Je ne veux pas que les Français soient privés d'un vrai choix entre deux visions clairement identifiées de l'avenir de la France.
 
A propos de Nicolas Sarkozy, pensez-vous que l'on peut être élu président de la République si l'on ne peut aller en banlieue ? 
C'est difficile d'incarner l'unité de la Nation si certains espaces du territoire sont inaccessibles. Mais cela fait partie de la question de la responsabilité politique. La crise des banlieues a été très mal traitée. Depuis, rien n'a changé. Les choses se sont même dégradées. Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur jusqu'à lundi, il a quand même eu tous les pouvoirs entre les mains pour pouvoir régler cette question-là... C'est un échec sur toute la ligne. Et on ne voit pas davantage de solution, dans son programme présidentiel. Il n'est pas capable de résoudre ces problèmes. Il y a une rupture profonde de confiance entre les jeunes de ces quartiers et lui. Pour ma part, j'ai dit que les banlieues n'étaient pas un problème mais une part de la solution aux problèmes de la France, parce que je veux mobiliser tous les talents qui aujourd'hui n'ont pas les moyens de se révéler.
 
Que répondez-vous aux critiques sur le financement de votre projet présidentiel ? 
Mon projet comporte bien sûr des dépenses, mais il est financé par des économies, des redéploiements, et toutes ces dépenses sont des investissements et non pas des dépenses inertes. Elles permettront de relancer la croissance. On n'est pas dans l'arithmétique. Si on n'investit dans rien, on meurt à petit feu. Moi je veux investir dans les filières du futur. En Suède, on a investi massivement dans l'innovation, dans la matière grise. La France est très en retard sur un certain nombre de domaines : le dialogue social, le développement durable, les questions énergétiques. C'est là qu'il faut que les pouvoirs publics soient présents. Il y a aussi des marges de manoeuvre sur la réforme de l'Etat : la baisse de son train de vie, et la réforme de l'action publique, surtout par la décentralisation.
 
Avec la réforme de l'Etat, vous vous emparez d'un thème cher à la droite... 
Mais la droite n'a pas accompagné les fonctionnaires dans cette mutation ! Elle leur a imposé des politiques arithmétiques, avec la moitié de fonctionnaires non remplacés. Cela veut-il dire que la moitié des fonctionnaires ne compte pour rien ? Ce n'est pas digne d'un candidat à la présidentielle de désigner à la vindicte publique une catégorie de la population. Les fonctionnaires doivent être associés aux mutations des services publics. Il faut leur dire : on va vous accompagner dans ces mutations, on va redéployer les services publics là où les citoyens en ont le plus besoin et, en échange, vous serez mieux formés et mieux rémunérés.
Comment procéderez-vous pour la conférence salariale que vous avez annoncée ?
Ce rendez-vous est très important. Il va falloir nouer un nouveau dialogue social pour aborder un ensemble de questions : comment augmenter les bas salaires ? Comment investir mieux dans la recherche et l'innovation ? Comment met-on en place ce qu'on appelle dans les pays du Nord une «flexsécurité» ?
 
Vous êtes pour davantage de flexibilité ? 
Je préfère parler d'agilité. Jusqu'ici, la flexibilité a été supportée par les salariés, jamais par les patrons. Quand une entreprise va mal et qu'un patron part avec un parachute doré, ça a un impact symbolique insupportable. L'agilité que je veux donner aux entreprises a sa contrepartie dans des sécurités nouvelles pour les salariés : c'est par exemple la sécurité sociale professionnelle.
 
Le marché, donc, est accepté ? 
Le marché est accepté, pas le système libéral. Mais il faut un marché régulé, qui permette de faire converger l'intérêt de l'entreprise et du salarié. Le rétablissement du lien de confiance passe par le développement d'une culture de compromis dans les entreprises. D'où ma proposition de sécurité sociale professionnelle, qui permet au salarié de conserver un revenu, avec une formation, sans passer par la case chômage. Le salarié peut même garder un lien juridique avec son entreprise. En fait, il s'agit d'utiliser différemment les indemnités chômage et les crédits de la formation professionnelle. Cela donne de la liberté aux salariés, mais aussi des devoirs : le salarié ne pourra pas toucher 90 % de son salaire et rester chez lui. Il devra suivre une formation ou se reconvertir. C'est donnant-donnant.Comment envisagez-vous de soutenir les entreprises ?
Je veux réorienter un certain nombre de choses. Je me suis d'abord engagée à ce que le taux de l'impôt sur les sociétés soit modulé à la baisse si les profits sont réinvestis. Les propositions faites par les deux candidats de droite sont inopérantes. Quand l'un d'eux (François Bayrou, ndlr) propose de supprimer les charges sociales pour les entreprises embauchant deux personnes, c'est inadmissible. On ne donne pas les mêmes aides aux banques, à la grande distribution ou aux PME ! Le temps est venu des politiques sélectives ; il faut mettre fin au saupoudrage des fonds publics et faire du sur mesure. D'ailleurs, si je suis élue, les banques prendront leur part de l'effort. Nous sommes le seul pays où les banques s'entendent entre elles pour ne pas prendre de risque à l'égard des PME, alors que, grâce aux tarifications bancaires, elles gagnent de l'argent sur les pauvres et font des profits insolents. On doit imaginer des mesures pour amener les banques à se consacrer davantage au financement des PME. C'est ce qui est fait à l'étranger.
 
Vous qualifiez votre projet de socialiste ? 
Il l'est.
 
Votre campagne semble avoir retrouvé de l'allant depuis que vous avez retrouvé votre «liberté». Moins y a d'éléphants mieux c'est ? 
Les responsables du Parti socialiste tiennent tous leur rôle dans la campagne. Ils sont tous en mouvement. Lors de l'élection présidentielle précédente, la mobilisation des militants avait faibli. Cette fois, jamais, avec 300 000 militants qui, dans cette dernière ligne droite, se battent. Le parti, dans ses profondeurs, est totalement en ordre de marche.
 
Mais c'est vous qui tentez de le révolutionner... 
C'est moi la candidate, c'est sur moi que reposent les responsabilités. Je serai responsable de ce qui arrivera. Je ne ferai porter la responsabilité sur personne d'autre.
par Alain publié dans : info
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