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Lundi 13 août 2007
Chères toutes, chers tous,

Pour ma part, je trouve que çà fait "tache" par rapport à celles et ceux qui ne peuvent pas partir en vacances, par rapport aux rmistes, par rapport aux SDF, par rapport à celles et ceux qui ne travaillent, qui ont du mal à joindre les deux bouts ... ; Par ailleurs, est-ce normal, quand on est président de la république française, de se faire offrir des vacances par des "amis" ?

A l'ère actuelle, çà doit-être normal,

A bientôt, amitiés, Alain


 
Après la polémique sur le coût des vacances de Nicolas Sarkozy, Arnaud Montebourg et le chroniqueur de Marianne Guy Sitbon estiment, samedi, que c'est à la République de prendre en chargé les dépenses.
 
 
Les vacances du président de la République aux frais des Français? Le député PS Arnaud Montebourg et le chroniqueur Guy Sitbon de l'hedomadaire Marianne y sont favorables et lancent un débat de circonstance en pleine période estivale.
 
Le premier, dans une interview au Parisien de Samedi, critique les conditions dans lesquelles se déroulent les congés de Nicolas Sarkozy. «Ce sont des amis multimillionnaires qui lui paient ses vacances. Un président qui a des amis richissimes est toujours porté à les remercier en faisant commerce du pouvoir qu’on lui a confié», estime le député socialiste de Saône et Loire qui, au passage, raille le chef de l’Etat : «Nous nous sommes très, très loin de Guy Môquet le communiste et de Jean Jaurès le socialiste», deux noms maintes fois cités par Nicolas Sarkozy pour claironner sa volonté d’ouverture et se poser en rassembleur des Français.
«Ça ne me gênerait pas que la République paye au Président des vacances, mêmes chères, pourvu que cela soit aux frais des contribuables», ajoute Montebourg.

Même prise de position dans les colonnes du dernier numéro de Marianne. Le chroniqueur Guy Sitbon consacre une page entière à la question. «M. Sarkozy n’est pas un citoyen comme vous et moi, écrit-il. Il n’a pas le droit “politique” de recevoir des cadeaux personnels fastueux.» «Sa charge, son fardeau le contraignent à s’interdire bien des choses, et d’abord les cadeaux somptueux. Qui a oublié les diamants de Bokassa, ces cailloux qui avaient coûté si cher au président Giscard d’Estaing.» (en 1979, ndlr). Et Sitbon s’interroge sur l’«addition» de ses vacances américaines («60000 dollars plus Dieu sait combien de frais de séjour») et rappelle le coût de l’escapade maltaise en mai (sur le yacht de son ami milliardaire Vincent Bolloré), au lendemain de l’élection de Sarkozy à la présidence de la République. «C’est le commanditaire, le bailleur de fonds qui pose problème», note Sitbon. «Que le chef de l’Etat claque ses revenus, qu’il dépense, soigneusement budgétisé, notre argent ? Normal. Mais qu’il soit l’obligé personnel de qui que ce soit ? Pas possible.»
Alors Guy Sitbon souhaite que les «frais de bouche de l’Etat soient remboursés au plus tôt par le Trésor public ou, au besoin, par une souscription nationale. La France ne veut rien devoir à personne».

Mais les Français sont-ils prêts pour autant à se sacrifier pour satisfaire les goûts de luxe de leur Président ? Comme l’a rappelé récemment le député de l’Aisne, (apparenté PS) René Dosière, le chef de l’Etat touche tout de même une indemnité mensuelle de plus de 6000 euros.


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Lundi 13 août 2007


... Et, maintenant ?


Bonne lecture, Alain


A vrai dire, les économistes sont pour une fois presque tous unanimes : les différentes mesures économiques de Nicolas Sarkozy ne correspondent absolument pas aux objectifs affichés, sont la plupart du temps injustes et inefficaces. Même Olivier Blanchard, interrogé sur son soutien à Nicolas Sarkozy, explique que les mesures qui sont dans son programme ne sont pas bonnes, mais qu'il croit que malgré tout il en fera d'autres, des bonnes celles-là (c'est beau la foi...).

Inversion intéressante dans l'histoire des représentations politiques : pendant des années la droite jouait l'image de la rigueur économique et du respect du principe de réalité en prétendant s'opposer à une gauche généreuse peut-être mais pleine d'illusions. Interprétation entièrement fausse, cynisme et simplification dans l'analyse du comportement humain n'étant pas garants de scientificité, pas plus que le marché ne reflète toute la réalite sociale, pas plus enfin que générosité et volonté de redistribution ne sont synonymes d'optimisme béat. Evidemment la méchanceté semble toujours plus honnête. Quoiqu'il en soit aujourd'hui les positions semblent à fronts renversés : la gauche est plutôt fière de ses résultats économiques, de son programme et de ses experts, tandis que la droite s'abrite derrière le "bon sens" et oppose les résultats des chercheurs obscurs (fonctionnaires en plus) dans leurs laboratoires à ce que savent bien les "vraies gens" sur le terrain... La consultation des débats entre les deux camps sur le blog de la section ou sur celui de Sciences Po sont à ce titre éclairants / effarants.

Tout cela (sauf la fin) me semble de bon augure, mais comme je ne prends jamais la parole que pour râler, je râle. L'économie quand elle est bien pratiquée (c'est-à-dire rarement) donne des indications sur les moyens à adopter pour parvenir à une fin donnée. Donc quand un économiste sur le site de Libé explique pourquoi telle ou telle mesure proposée par Nicolas Sarkozy est inefficace, tant mieux ; mais attention à ne pas oublier qu'il n'y a pas que l'efficacité qui compte.

Ainsi sur la défiscalisation des intérêts sur les prêts servant à financer l'achat d'une résidence principale, il n'y a pas besoin d'avoir fait de très longues études d'économie pour s'apercevoir que l'impact incitatif est faible (économiser quelques centaines d'euros sur l'achat d'un appartement), que cela représente beaucoup d'argent perdu pour le gouvernement et pas tellement de gagné par Français qui en bénéficiera, que cela ne fera qu'alimenter la hausse des prix de l'immobilier etc. Mais ce qui me semble grave c'est que quasiment tout le monde au PS reprenne l'antienne "ah là là qu'ils sont donc nuls en économie chez Nicolas Sarkozy". Certes, mais la première réaction de mon petit coeur de militant de gauche c'est de dire : mais attendez il y a quelques mois tout le monde pleurait sur le sort des SDF, disait que c'était une urgence nationale et la première préoccupation (officielle) de ce gouvernement c'est de favoriser l'accès à la propriété des classes moyennes supérieures ? Cela ressemble à une blague d'un goût douteux... C'est vraiment pas une bonne blague !

On pourrait retrouver la même logique sur beaucoup de sujets. Nous devrons ainsi entendre que le bouclier fiscal n'est pas une bonne mesure pour retenir les riches en France, que la défiscalisation des heures supplémentaires n'aura que des effets marginaux, que la franchise ne règlera pas le problème du déficit de la Sécu etc., toutes choses qui sont vraies, mais restent secondaires par rapport aux principes de solidarité et de redistribution dont notre parti se veut porteur, et qu'il devrait plus mettre en avant. Finirons-nous comme certains économistes par vouloir moins d'inégalités, non parce que cela est en soi désirable, mais parce que cela favorise la croissance (dont on ne sait plus trop à quoi elle sert) ?

Je ne pense pas qu'il s'agisse ici uniquement d'un problème d'inversion des moyens et des fins, mais d'un problème de conception de la politique. En n'osant plus vraiment viser des objectifs très différents de la droite (la différence restant tout de même que la droite n'essaie pas vraiment de les atteindre) la gauche ne s'oppose plus que sur la méthode ; on peut comprendre alors que l'électorat soit un peu déçu.

Le débat de l'entre-deux-tours était à mon avis symptomatique : j'ai vu des gens regrettant que le débat ne soit pas plus profond et n'entre pas plus dans le détail des réformes proposées, d'autres qui se réjouissaient que enfin on aborde au moins les dites réformes de manière concrète. Pour ma part j'ai surtout été sidéré par la conception de la fonction présidentielle sous-jacente à ce débat : on attend du président qu'il soit un expert des réformes économiques et sociales, qu'il connaisse ses dossiers, la signification des initiales d'EPR et les taux de croissance de la Corée des années 60 aux années 90. Si c'est vraiment ce que l'on attend d'un président, autant le recruter sur concours, ça ira plus vite. Au contraire le rôle d'un homme politique est d'arbitrer entre différents avis d'experts, entre différentes propositions de réformes, de voir ce qui est politiquement faisable, ce qui ne l'est pas.

La compétence, le chiffre, l'évaluation font partie des nouvelles valeurs à la mode dans notre société (avec le travail, la sécurité etc.), elles apportent avec elles de nouveaux éléments intéressants (je reconnais l'importance de l'évaluation des politiques publiques même si, en pratique, les gens qui font ça m'énervent souvent) mais elles risquent aussi de faire croire que la question des buts que poursuit l'action politique est réglée, qu'on en est déjà à trouver la politique la plus efficace, la réforme des retraites la plus astucieuse. Rien n'est plus faux. Et surtout, rien n'est plus dangereux pour la gauche : autant ses principes de solidarité et d'égalité sont simples, parlants et communicatifs, bien plus sympathiques en tout cas que le trompeur "travaillez plus pour gagner plus", autant ses réformes économiques intelligentes ne se traduisent pas dans des slogans simplistes ("travaillez un peu moins avec des aides pour les entreprises pour gagner à peu près autant mais tout le monde", ça sonne pas bien).


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Samedi 11 août 2007


Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy  
Plusieurs écrivains africains se joignent à Raharimanana pour répondre au président français.  
 
Monsieur le Président,
 
     
 

 

 
 
Vous étiez venu dites-vous à Dakar nous parler — nous les Africains —, avec franchise et sincérité, vous étiez donc venu avec tout le fond de votre pensée, car c’est ainsi je crois qu’on qualifie la franchise et la sincérité, un échange sans fard et sans arrière-pensée. Nous prenons donc acte de la conception que vous avez de ce continent et de ses habitants. Vous étiez venu dites-vous pour nous assurer que la France s’associera à nous si nous voulons la liberté, la justice et le droit, mais permettez-moi d’être franc et sincère également.
Au lendemain de votre discours, que faisiez-vous donc avec Omar Bongo, quarante ans de règne dans la dictature, un doyen dites-vous, et quel doyen dans la corruption et l’aliénation de son pays ! De quelle liberté, de quelle justice, de quel droit parlez-vous ? Je n’ose même pas vous poser la question concernant votre sourire à cet autre grand dictateur africain : Muammar al-Kadhafi ! Que dire du don nucléaire que vous lui promettiez ? Il serait maintenant fréquentable ? Sincèrement ? Mais soit… Nous les Africains manquons un peu de raison et ne comprenons pas ces subtilités qui nous éloignent de la nature et de l’ordre immuable des saisons.
Vous étiez donc venu — vidi vici complétera l’autre, regarder en face notre histoire commune. Fort bien ! Votre posture tombe à propos pour une génération d’Africains et de Français avides de comprendre enfin ces drames continuels frappant l’Afrique. Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’Europe s’est partagé notre continent. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique, et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères par leurs insurrections — connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation. Et nous qui luttions depuis les indépendances contre ces dictateurs soutenus entre autres par la France et ses grandes entreprises — le groupe de votre ami si généreux au large de Malte par exemple, ou la compagnie Elf.
Savez-vous au moins combien de jeunes Africains sont tombés dans les manifestations, les grèves et les soulèvements depuis cette quarantaine d’années de dictature et d’atteinte aux droits de l’homme ?
Fait-on partie de l’histoire quand on tombe dans un coin de rue d’Andavamamba, les bottes des militaires foulant votre corps et vous livrant aux chiens ? Croyez-vous vraiment que jamais l’homme (africain) ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ? Jamais dites-vous ? Devons-nous l’interpréter comme ignorance, comme cynisme, comme mépris ? Ou alors, comme ces colonisateurs de bonne foi, vous vous exprimez en croyant exposer un bien qui serait finalement un mal pour nous. Seriez-vous aveugle ? Dans ce cas, vous devriez sincèrement reprendre la copie nous concernant. Vous avez tort de mettre sur le même pied d’égalité la responsabilité des Africains et les crimes de l’esclavage et de la colonisation, car s’il y avait des complices de notre côté, ils ne sont que les émanations de ces entreprises totalitaires initiées par l’Europe, depuis quand les systèmes totalitaires n’ont-ils pas leurs collaborateurs locaux ? Car oui, l’esclavage et la colonisation sont des systèmes totalitaires, et vous avez tort de tenter de les justifier en évoquant nos responsabilités et ce bon côté de la colonisation. Mais tout comme vous sûrement, nous reconnaissons qu’il y a eu des «justes». Or vous savez fort bien que les justes n’excusent pas le totalitarisme. Vous avez tort de penser que les dictateurs sont de nos faits. Foccart vous dit peut-être quelque chose ? Et les jeux des grandes puissances — dont la France évidemment, qui font et défont les régimes ? Paranoïa de notre part ? Oui, nous devons résister, et nous résistons déjà, mais la France est-elle franchement de notre côté ? Qui a oublié le Rwanda ? Vous appelez à une «renaissance africaine», venez d’abord parler à vos véritables interlocuteurs, de ceux qui veulent sincèrement et franchement cette renaissance, nous la jeunesse africaine, savons qu’ils ne se nomment pas Omar Bongo, Muammar al-Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ravalomanana ou bien d’autres chefs d’Etat autoproclamés démocrates.
Nous vous invitons au débat, nous vous invitons à l’échange. Par cette lettre ouverte, nous vous prenons au mot, cessez donc de côtoyer les fossoyeurs de nos espérances et venez parler avec nous. Quant à l’Eurafrique, en avez-vous parlé à Angela ?
Sincèrement et franchement à vous.
Antananarivo, le 3 août 2007
Raharimanana et les écrivains

Boubacar Boris Diop (Sénégal),

Abderrahman Beggar (Maroc, Canada),

Patrice Nganang (Cameroun, Etats-Unis) Koulsy Lamko (Tchad),

Kangni Alem (université de Lomé),

et l’éditrice Jutta Hepke (Vents d’ailleurs).

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Samedi 11 août 2007

... Pour une alimentation saine ! Pour tous !

A bientôt,  Alain



Concevoir une alimentation durable 
Pour des choix alimentaires qui préservent l’environnement et la santé. 
Par Christian Remesy, directeur de recherche à l’INRA, unité de nutrition humaine.
 
 
Depuis plus de soixante ans, notre alimentation a fortement évolué. Nous sommes passés d’une alimentation traditionnelle élaborée à partir de produits de base issus assez directement des campagnes à une alimentation très riche en produits transformés.
La problématique alimentaire est complexe à analyser. Elle concerne principalement : les modes alimentaires les plus sûrs qu’il conviendrait d’adopter pour gérer au mieux la santé par l’alimentation ; les modes de production qu’il faudrait développer pour préserver la fertilité des sols, assurer la sécurité des approvisionnements alimentaires et diminuer l’impact de la chaîne alimentaire sur l’environnement ; la nature des transformations à privilégier pour ne pas dégrader la qualité nutritionnelle des aliments ; la diversification des circuits d’approvisionnement pour aboutir à une offre alimentaire plus équilibrée ; la gestion des ressources alimentaires de proximité pour réduire le coût des transports et améliorer l’offre en produits de terroir et de saison ; les moyens de permettre aux agriculteurs ou aux autres intermédiaires de percevoir une rémunération normale.
A travers ces grandes questions, on voit se dessiner les contours du concept d’alimentation durable qui n’a pas fait l’objet jusqu’ici d’un large débat sociétal. Bien que cela puisse paraître surprenant, notre chaîne alimentaire n’a pas été spécialement conçue pour satisfaire les besoins nutritionnels de l’homme, ni pour préserver la fertilité des sols ou l’environnement, encore moins pour maintenir la vitalité d’un tissu rural. Elle a tout simplement évolué au gré de l’exode rural, des contraintes économiques, des innovations des techniques agronomiques ou alimentaires, du changement du mode de vie et maintenant elle est soumise à la mondialisation des échanges de biens et de services. Il aurait été bien miraculeux que l’ensemble de ces facteurs concourent à la mise en place d’un système alimentaire durable. Ce système ne pourra exister que si la société l’organise et donne mission aux agriculteurs et aux autres professionnels de l’alimentation de respecter des objectifs écologiques et nutritionnels fondamentaux.
Le système agro-industriel intensif et spécialisé tel qu’il s’est maintenant généralisé à l’échelon du monde ­entier, s’il a permis des avancées ­remarquables en terme de prix et d’abondance alimentaire, ne correspond pas à un développement durable ni pour la santé des consommateurs, ni pour la vitalité des territoires ruraux, ni sur le plan écologique. Il existe encore des systèmes alimentaires traditionnels équilibrés mais il est probable qu’ils ne résisteront pas longtemps aux ­sirènes du secteur agroalimentaire et aux conséquences de la mondialisation.
Il y a urgence, déjà une industrialisation mal conçue de l’alimentation a provoqué une épidémie d’obésité. L’Amérique a exporté son modèle de mal-bouffe dans le monde entier si bien que dans certains pays du Sud, les deux types de malnutrition par carence ou par excès calorique se côtoient dans les mêmes familles ou quartiers défavorisés. Les Français, un peu naïfs, se sont crus protégés contre les excès de l’industrialisation alimentaire à l’américaine par la force de leur tradition culinaire, mais sont ou seront touchés comme les autres peuples. Sur le terrain, une agriculture de plus en plus industrialisée a contribué à déstabiliser des centaines de millions de paysans de moins en moins encouragés à développer des cultures vivrières, accélérant ainsi l’exode rural et le développement de mégapoles de plus en plus difficiles à nourrir.
Le premier socle d’une alimentation durable serait d’organiser la production alimentaire en fonction de la nutrition préventive. Celle-ci définit la manière la plus universelle de bien s’alimenter pour assurer un bon fonctionnement de l’organisme et préserver la santé ; elle nous enseigne que la seule façon pour l’homme de bien se nourrir est d’utiliser une large gamme de produits végétaux naturels (produits céréaliers, légumes secs, féculents divers, fruits, légumes, graines et fruits oléagineux) complétée par des apports modérés de produits animaux et d’huiles végétales. En exploitant la diversité et la qualité nutritionnelles de ces aliments, on peut composer des milliers de recettes correspondant à une grande partie des cuisines du monde et surtout cela facilite l’adoption de régimes équilibrés protecteurs.
Partout de par le monde, il y a donc la nécessité d’adapter les productions agricoles aux besoins nutritionnels de l’homme en utilisant l’immense diversité du monde animal et végétal en produits comestibles. Encore faudrait-il donner à l’agriculture la mission d’exploiter ce potentiel alimentaire plutôt que celle d’assurer une sécurité alimentaire basée sur le productivisme et la réduction du nombre d’espèces, de variétés ou des races exploitées. Dans le système actuel, ce sont seulement un petit nombre de matières premières majeures qui sont utilisées pour la confection d’une multitude de produits transformés (blé, maïs, riz, amidon, sucre, soja, matières grasses, ingrédients ­laitiers), alors que les cuisines asiatiques ou méditerranéennes comprennent une grande diversité de produits végétaux. Difficile dans ces conditions de bénéficier du potentiel protecteur des produits végétaux caractérisés par leur grande diversité des micronutriments.
La nécessité de préserver la complexité des aliments au cours des transformations alimentaires n’a pas été inscrite au fronton de l’industrie agroalimentaire. Une utilisation ­assez systématique d’ingrédients purifiés a conduit à multiplier les sources de «calories vides» (dépourvues de nutriments d’intérêt) et ­ceci aura été l’erreur la plus grossière commise par l’industrialisation alimentaire ­depuis plus de cinquante ans. Finalement le succès de la grande distribution et son pouvoir sur le fonctionnement de la chaîne alimentaire à travers sa maîtrise des marchés et de la consommation montrent à quel point le système alimentaire est géré en dehors de tous les objectifs nutritionnels et écologiques auxquels une majorité des citoyens est prête à ­adhérer.
Le système actuel doit évoluer vers plus de diversité des modes d’approvisionnement, vers de nouveaux marchés de proximité, vers une offre alimentaire plus respectueuse des équilibres nutritionnels. Nous sommes donc loin de savoir bien faire les choses : nous alimenter sainement, produire proprement et durablement, transformer et distribuer sans dénaturer, bien gérer nos ressources de proximité. La sécurité à long terme de nos approvisionnements alimentaires ne pourra être conservée qu’en préservant nos espaces naturels et la complexité des aliments qui en sont issus. A l’homme le soin d’organiser la chaîne alimentaire en conséquence, d’adopter de bons comportements alimentaires, de développer une éducation nutritionnelle fondée sur une vision globale et durable de l’alimentation.
Il est temps de se mobiliser dans notre vie quotidienne par exemple en privilégiant la consommation de produits naturels ou en réduisant celle de produits transformés sous emballage. Il est temps aussi d’interpeller nos politiques sur ce sujet. Autre suggestion : la tenue des états généraux de l’alimentation durable, sachant que cette question dépasse et de beaucoup les intérêts nationaux.
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Jeudi 9 août 2007


... OUI, mais alors ...



Quelle politique de l’immigration ?
Des expériences migratoires sélectives menées à l’étranger permettent d’élargir le débat.
Par Michèle Tribalat, démographe., Michèle Tribalat, Démographe

jeudi 9 août 2007
 
Aujourd’hui, militer pour une politique migratoire généreuse c’est s’attribuer une supériorité morale indiscutable, qu’il s’agisse de régulariser tous ceux qui ont eu la chance de poser le pied sur le territoire ou de prôner une ouverture indistincte. Vouloir choisir, ce serait manquer de cœur. Derrière ces postures généreuses se cachent parfois une certaine inconséquence, souvent un intérêt bien compris moins présentable.
Il n’est peut-être pas inutile de revenir à l’ouvrage de George J. Borjas, Heaven’s Door (Princeton University Press, 1999), dans lequel il propose une nouvelle politique migratoire pour les Etats-Unis dont l’objectif serait de servir l’intérêt national qu’il formule en termes économiques par la «maximisation du bien-être des natifs». Il reconnaît que ce n’est pas le seul objectif imaginable et que le gouvernement des Etats-Unis pourrait fort bien choisir d’augmenter le bien-être des individus vivant en dehors de Etats-Unis. Mais il lui faudrait alors expliquer aux Américains ce qu’il en coûterait et à qui. Son diagnostic sur les effets de la politique migratoire amorcée en 1965, rompant avec des décennies de politique restrictive fondée sur des quotas par origine, nous intéresse car cette politique ressemble assez à la nôtre, dominée depuis plus de trente ans par les liens familiaux. Elle s’est accompagnée d’un déclin des qualifications des immigrés avec, pour conséquence, une performance économique plus faible. Les écarts de qualification et de salaire des migrants et de leurs descendants par rapport aux natifs se résorbent très lentement.
Les choix actuels en matière de politique migratoire feront donc sentir leurs effets tout au long du siècle qui vient. Économiquement parlant, l’impact global de l’immigration serait principalement redistributif : «L’immigration redistribue la richesse au détriment de ceux qui sont en compétition avec les immigrants et au profit de ceux qui utilisent les services des immigrants.» Si tel est le cas, il se pourrait bien que les promoteurs d’une immigration non choisie défendent tout simplement leurs intérêts économiques, encourageant ainsi le creusement des inégalités parmi les personnes déjà présentes.
Lorsqu’il élabore une politique migratoire, le gouvernement doit donc se demander, entre autres, si ces effets redistributifs sont souhaitables. Pour Borjas, une «politique migratoire optimale devrait enrichir les natifs, mais sans creuser les disparités parmi les travailleurs déjà présents dans le pays». C’est pourquoi il propose une politique favorisant les candidats qualifiés sélectionnés à travers un système à points à la canadienne valorisant le niveau éducatif, l’âge et la compétence linguistique. Soit à peu près le système pour lequel le gouvernement britannique vient d’opter. Xavier Chojnicki vient de montrer ( Économie et Prévision, n° 3, 2006), pour la France, que l’impact sur les finances publiques de l’immigration de type peu qualifié que nous connaissons actuellement est au mieux neutre sur les finances publiques à long terme et sans effet sur l’effort nécessaire pour réduire les déséquilibres budgétaires liés au vieillissement, mais qu’une amélioration de la qualification des migrants contribuerait positivement à réduire ce déséquilibre. Une politique où les liens familiaux ne seraient plus en position dominante aurait aussi l’avantage de «redistribuer les cartes» en variant la composition ethnique des immigrants. Cette diversification serait ainsi le meilleur remède à l’auto-engendrement de l’immigration future par l’immigration passée.
Les chantres de la diversité ne se sont guère interrogés sur les barrages à la diversité des flux migratoires que représentait une politique migratoire fondée quasi exclusivement sur les liens familiaux. Une telle immigration ne saurait être massive au risque de décourager les formations de haut niveau dans le pays d’accueil par excès de concurrence et de baisse des salaires des travailleurs qualifiés. George J. Borjas explique que, s’agissant des Etats-Unis, l’arrivée massive d’un million de personnes chaque année, mais qualifiées cette fois, n’est pas envisageable justement en raison d’un effet trop important sur les salaires et du découragement à entreprendre des études longues qui en résulterait. Il propose de réduire de moitié le nombre des entrées, tout en ajustant ce nombre en fonction des entrées illégales présumées et de la conjoncture économique : «Quand l’économie est proche du plein-emploi et que le taux de chômage est inférieur à quelque chose comme 6 %, il serait possible de délivrer jusqu’à 500 000 visas.»
Ces 500 000 entrées pour les Etats-Unis, cela équivaudrait à peu près à 100 000 entrées en France (contre 200 000 au début des années 2000). Il est vrai qu’un tel choix politique requiert un haut pouvoir d’attractivité économique. Le virage amorcé vers une politique migratoire de ce type en Europe n’est pas encore très assuré. La pesanteur des droits acquis s’y exerce à plein et contraint les États à ruser avec les règles européennes pour limiter l’impact des liens familiaux. D’un autre côté, ceux qui sont actuellement les bénéficiaires de l’immigration faiblement qualifiée sont mieux organisés et mieux à même de se faire entendre que ceux qui en pâtissent et peuvent habiller leur intérêt d’une préoccupation humanitaire.
En France, s’y ajoute le puissant secteur associatif, entièrement dépendant de la dépense publique et qui, derrière de belles paroles, défend aussi son gagne-pain lié à sa clientèle migratoire. Jusqu’à présent, seuls les partisans d’une transformation de la politique migratoire sont priés de se justifier et doivent répondre aux accusations les plus infamantes. On considère généralement comme allant de soi que les conservateurs, c’est-à-dire ceux qui défendent le statu quo, n’ont pas à argumenter leur position. Il est peut-être temps de changer de paradigme.
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