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Mercredi 23 mai 2007

A Grenoble, Carignon et Cazenave sortent les poignards

Le 6 mai dernier, les Grenoblois ont dit non à Nicolas Sarkozy, en votant à 58,05% pour Ségolène Royal. Il faut dire que la ville, dirigée depuis 1995 par le député-maire PS Michel Destot, est un bastion traditionnel de la gauche, marqué par le long règne d'Hubert Dubedout, de 1965 à 1983. Année qui signe le début d'une alternance qui, elle aussi, va sceller l'avenir politique de Grenoble. Et d'Alain Carignon, jeune gaulliste de 34 ans qui arrive alors au pouvoir. Après de nombreux déboires judiciaires, il tente aujourd'hui d'y revenir en disputant son siège de député à son ancien suppléant, l'UMP Didier Cazenave. Qui ne l'entend pas de cette oreille.

Maire jusqu'en 1995, Carignon a été député de l'Isère, président du conseil général, député européen et ministre de l'Environnement de Chirac en 1986. Sa carrière touche à son apogée en 1993 lorsqu'il est nommé ministre de la Communication de Balladur.

Mais le ministre quitte ses fonctions l'année suivante, après l'ouverture d'une procédure judiciaire. Mis en examen puis reconnu coupable de corruption, complicité et recel d'abus de bien sociaux, subornation de témoins, le maire de Grenoble est condamné à cinq ans d'emprisonnement dont un avec sursis, 400000 Francs (environ 60000 euros) d'amende et six ans d'inéligibilité. La Cour le reconnait coupable d'avoir échangé l'attribution de la concession du service d'eau de Grenoble à une filiale de la Lyonnaise des eaux et du groupe Merlin contre des avantages évalués à 2,9 millions d’euros (lire l'arrêt de la cour d'appel de Lyon du 9 juillet 1996 qui le charge de "l'acte le plus grave qui puisse être reproché à un élu"). Il est le premier ministre de la Ve république à écoper d'une peine de prison ferme. La mort politique d'Alain Carignon?

Grenoble, mai 2007. Aux côtés de Sarkozy sur les tracts électoraux, Carignon. L'ancien maire est de retour, et en campagne: il est candidat UMP de la première circonscription de l'Isère. Ayant retrouvé ses droits civiques en 2002, Carignon a rapidement repris le chemin politique: élu président de l'UMP Isère en 2003, il est massivement investi par les militants comme candidat aux législatives en octobre dernier. "Il y a eu une tache. J'ai payé. Je suis quitte vis-à-vis de la société. Et je souhaite laver cette tache", annonce-t-il. Mais le personnage reste controversé, jusqu'à diviser son propre camp.

La première circonscription, historiquement à droite, voit en effet se dérouler une lutte fratricide. Richard Cazenave, ancien suppléant d'Alain Carignon à l'Assemblée et actuel député de la circonscription, conteste vivement l'investiture du président de l'UMP Isère et son retour comme "homme nouveau". Initialement soutenu par la commission nationale d'investiture (CNI) de l'UMP, le député sortant s'est vu voler la candidature par le vote des militants. Cazenave évoque alors une "mascarade", déplorant les "dés pipés" de ce vote auquel il refusa de participer.


 

Malgré l’affirmation de sa légitimité acquise au suffrage universel et ses protestations sur les bonnes vieilles méthodes" de son concurrent, Cazenave n'obtient pas gain de cause. La CNI tranche et revoit sa copie: Carignon est le candidat officiel. Mais chacun ira jusqu'au bout, quitte à faire perdre la droite face à la candidate socialiste, Geneviève Fioraso.

A coups de déclarations et par sondages interposés, l'affrontement est rude entre les anciens collaborateurs et chacun se renvoie la faute du faible score de M. Sarkozy (50,68%) dans la circonscription convoitée: "Carignon a pris en otage l'image de Sarkozy durant toute la campagne. Les Grenoblois ont montré dimanche qu'ils ne veulent pas de lui", lance Cazenave. "Tout cela est bien évidemment ridicule et enfantin, c'est à M. Cazenave de se remettre en question", rétorque l'ancien ministre.


 

Le député sortant vient de laisser des plumes dans la bataille. Le mardi 15 mai, il est exclu de l'UMP comme "dissident". "C'est hallucinant, car on expulse un député sortant, qui a toujours été fidèle à ses idées. Je vais continuer ma campagne en me présentant comme un député UMP sortant car c'est ma légitimité, après ils me feront des procès si ça les amuse! Et j'espère qu'au 2ème tour, Carignon se désistera pour moi!"

Quant à Alain Carignon, il vient d'annoncer sa candidature aux municipales de 2008 avec le soutien de son ami Nicolas Sarkozy, et ce "quelque soit le résultat des législatives". "Nicolas et moi avons des rapports personnels anciens depuis une vingtaine d'années", avoue le candidat. Dans un climat pour le moins orageux, sa stratégie est claire: préparer l'avenir en cas d'échec en juin, "pour Grenoble et les Grenoblois" bien entendu.

Une chose est sûre: alors que l'UMP grenobloise s'entredéchire dans des luttes intestines, le PS observe en silence, et se frotte les mains, à l’image de ce proche de Michel Destot: "Tant que Carignon est là, pour nous, la vie est belle."

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Mardi 22 mai 2007

 

Jean-Marie Colombani en 2006

Jean-Marie Colombani, contesté pour sa gestion du quotidien, n'a pas été reconduit à la présidence du directoire par la rédaction. Il n'a obtenu mardi que 48,49% des suffrages de la Société des rédacteurs, alors qu'il lui en fallait 60% pour éviter le véto à la reconduction de son mandat à la tête du quotidien du soir. Une période d'incertitude s'ouvre pour le journal, où deux candidats seraient pressentis pour se présenter à la succession du président déchu : Philippe Thureau-Dangin -patron de Courrier International, filiale du Monde-, et Pierre Jeantet, directeur général sortant.

Après le personnel du Midi Libre lundi, et en même temps que celui du groupe PVC (La Vie, Télérama), la Société des rédacteurs du Monde (SRM) a donc refusé la reconduction de Jean-Marie Colombani à la tête du journal et du groupe. Décisif, le résultat de cette dernière consultation met un coup d'arrêt brutal à ses 13 années de règne au cours desquelles le Monde a constitué un groupe de presse hétéroclite, une stratégie critiquée par de nombreux journalistes.

Sa campagne électorale, menée sur le thème "après moi, le déluge" -avec l'approbation sur ce point du président du conseil de surveillance Alain Minc, homme de pouvoir et d'influence s'il en est- est donc un échec. Jean-Marie Colombani avait répondu aux critiques en alternant humour -"Ma gueule ? Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?"- et perspicacité : "Vous évoquez Pierre Jeantet pour me remplacer, mais il fait partie de mon équipe!" Les arguments de ce brillant orateur n'ont donc pas suffi à compenser les critiques face à la stratégie de construction d'un groupe de moins en moins transparent et maîtrisé.

Le soutien du directeur de la rédaction, Eric Fottorino -à l'origine de la formule actuelle du journal, approuvée par la plupart des journalistes-, n'a pas non plus été suffisant. Fottorino le soutenait tout en reconnaissant que Colombani ...n'est "pas facile". Idem pour les mises en garde de certains retraités -dotés de deux voix, contre deux ou quatre pour les actifs en fonction de leur ancienneté-, qui redoutent à présent des "crises terribles" pour le journal.

De fait, le poste de président du directoire du groupe Le Monde -désormais dissocié de celui de directeur du quotidien- est devenu de plus en plus complexe et délicat. Les actionnaires extérieurs -Lagardère, Prisa, La Stampa, le Nouvel Observateur- possèdent déjà 40% du capital, alors qu'une partie des 147 millions d'euros de pertes cumulées sur 6 ans est remboursable en actions.

Et les filiales ont, elles aussi, sanctionné la gestion du directeur sortant : chez PVC -Télérama, La Vie, Fleurus Presse...-, le "non" l'a emporté cet après-midi à 61,4%, après le rejet à 52,3% du personnel du Midi Libre. Des filiales où le sentiment général est celui d'avoir servi de vache à lait financière sans être inclus dans la stratégie du groupe.

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Mardi 22 mai 2007
Amitié franco-allemande sacrée ...

Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel paru lundi 21 mai, la rencontre, mercredi 16 mai, à Berlin, entre le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ne s’est pas déroulée en toute harmonie. Pour sa première visite officielle à l’étranger, le président français avait multiplié les gestes rassurants à l’égard de Mme Merkel, en affirmant notamment que « l’amitié franco-allemande (était) sacrée ». Les deux dirigeants avaient eu un long tête-à-tête avant de dîner ensemble avec leurs collaborateurs.

La chancelière allemande « s’est montrée extrêmement réservée sur les propositions » faites par le président français en matière de relance européenne, souligne l’hebdomadaire. D’après le Spiegel, M. Sarkozy a plaidé pour son projet de « mini-traité », qui « ne reprend que quelques éléments non controversés » du texte soumis au référendum en 2005 et a proposé « une aide active dans la recherche d’un compromis d’ici au sommet de juin à Bruxelles ». La chancelière aurait redit son intention de sauver la plus grande partie possible du texte, notamment l’instauration d’un président européen et d’un ministre européen des affaires étrangères.

De même, le projet de M. Sarkozy visant à augmenter la part de l’Etat français au sein d’EADS n’aurait pas reçu un accueil très favorable. Pour le président français, EADS constitue l’un des dossiers urgents de la coopération franco-allemande. Interrogé, vendredi 18 mai, sur ce sujet, le porte-parole du gouvernement allemand s’était contenté de dire que Paris et Berlin ont un « intérêt commun » à garder EADS « concurrentiel pour l’avenir ».

« Les Allemands craignent à l’avenir d’avoir moins leur mot à dire sur des décisions importantes telles que la fermeture de sites d’Airbus », poursuit l’hebdomadaire. En conclusion, le magazine cite un diplomate qui affirme que la coopération avec M. Sarkozy « sera peut-être plus difficile qu’avec son prédécesseur, Jacques Chirac ».

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Mardi 22 mai 2007
... Et la franchise pour les pauvres ... 

Martin Hirsch réagit, normal au vu de sa précédente fonction !



PARIS (Reuters) - La ministre de la Santé Roselyne Bachelot s’est entretenue avec le Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, qui a fait savoir qu’il n’approuverait pas les franchises sur les soins proposées par Nicolas Sarkozy.

L’ancien président d’Emmaüs France, dont la particularité au gouvernement est de n’avoir ni titre de ministre ni celui de secrétaire d’Etat, a déclaré lundi au micro de France Inter qu’il n’approuverait pas l’instauration de nouvelles franchises sur les soins pour financer la Sécurité sociale.

Il estime que ce n’est pas « une bonne mesure ».

Durant sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait préconisé quatre franchises non remboursées par la Sécurité sociale sur les premiers euros annuels dépensés par les assurés en médicaments, examens biologiques, visites médicales et hospitalisations.

Dans un communiqué publié après sa rencontre avec Martin Hirsch, Roselyne Bachelot souligne qu’elle reverra le haut-commissaire « très bientôt pour définir les conditions de mise en œuvre de cette réforme ».

La ministre précise « que la franchise annoncée par le gouvernement devait être entendue comme un facteur de responsabilisation des assurés qui, conformément aux engagements de Nicolas Sarkozy, serait accompagné des exonérations nécessaires pour tenir pleinement compte des situations sociales très dégradées ».


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Lundi 21 mai 2007

Ce soir encore, je ne dors pas. Je me repasse le film. J’essaie de comprendre ce qui nous est arrivé, ce qui nous arrive. Tout est si étrange depuis dimanche. Le Fouquet’s, le yacht, la commémoration de l’abolition de l’esclavage, Versailles, Allègre, Kouchner – et Cécilia qui ne vote pas... Drôle de ballet, où tous les points de repère sont systématiquement retournés, inversés, invalidés. Comme si nous devions apprendre à nous en remettre, corps et âme, à la seule loi de l’apprenti sorcier.

Qu’est-ce qui fonde mon sentiment qu’un démocrate est forcément ulcéré par les positions d’un Sarkozy ? Qu’il ne s’agit pas d’un politicien comme un autre ? Je crois que j’ai trouvé. C’est Miller et Véronis qui m’ont mis sur la voie. Le premier en pointant l’usage de l’implicite, le second en mettant en exergue la figure de l’assisté. Le principe de base de Sarkozy, on pourrait l’appeler la « bouc-emissarisation ». Un problème ? Un bouc émissaire. Celui sur le dos duquel on charge tous les péchés de la société, avant de le chasser du clan. L’immigré clandestin, le chômeur profiteur, la racaille des banlieues, le criminel multirécidiviste, le pédophile violeur, sans oublier mai 1968...

La tactique du bouc émissaire n’est pas morale. C’est une façon simple de faire croire que l’on peut résoudre un problème, en désignant à la vindicte populaire un ennemi faible, une figure, une image, qui n’est pas la véritable cause du mal. La tactique du bouc émissaire est une réaction magique qui a pour fonction de ressouder la communauté devant l’angoisse et le malheur, faute de mieux, et qui ne résoud rien. La tactique du bouc émissaire est une fuite en avant démagogique qui s’appuie sur les passions les plus sauvages – la peur, la haine, le refus de l’autre. La tactique du bouc émissaire est la négation même des principes qui fondent la pratique politique républicaine.

On relira avec profit le vieux bouquin de René Girard (Le Bouc émissaire, Grasset, 1982). Qui rappelle par exemple comment, au XIVe siècle, au moment de l’apparition de la peste noire, les Juifs sont accusés d’avoir empoisonné les rivières. « Quelles que soient leurs causes véritables, les crises qui déclenchent les grandes persécutions collectives sont toujours vécues plus ou moins de la même façon par ceux qui les subissent. L’impression la plus vive est invariablement celle d’une perte radicale du social lui-même, la fin des règles et des “différences” qui définissent les ordres culturels. (...) Devant l’éclipse du culturel, les hommes se sentent impuissants ; l’immensité du désastre les déconcerte mais il ne leur vient pas à l’idée de s’intéresser aux causes naturelles. (...) Les persécuteurs finissent toujours par se convaincre qu’un petit nombre d’individus, ou même un seul, peut se rendre extrêmement nuisible à la société tout entière, en dépit de sa faiblesse relative. C’est l’accusation stéréotypée qui autorise et facilite cette croyance en jouant de toute évidence un rôle médiateur. » Etc. Girard parle de la société médiévale, décrit des mécanismes « arriérés ». La bouc-emissarisation n’est pas digne d’une démocratie du XXIe siècle.

Et pourtant elle se répand. C’est un réflexe si éprouvé que Sarkozy peut aller jusqu’à se l’appliquer à lui-même. La critique est retournée et décrite comme une diabolisation, une persécution. Pauvre de moi, voyez comme je suis boucemissarisé ! Dit l’auteur de la plus belle galerie de figures de détestation du paysage politique. Une manie, on vous dit. Une recette qui se prête à tout, qui transforme tout en objet de vindicte et de violence. Et pour ceux qui se demandent ce que veut dire la formule « droite décomplexée », elle signifie précisément ceci : laissez-nous recourir sans vergogne à la bouc-emissarisation. Et aussi : nous savons parfaitement ce que nous faisons. Nous savons que nous tapons sous la ceinture. Sans complexes, car la fin justifie les moyens.

En réalité, ceux qui utilisent cette tactique n’en sont pas vraiment fiers. Ils baissent les yeux dès qu’ils sont pris la main dans le pot à confiture. Ou bien répliquent avec insolence, toujours à côté, montrant combien ils sont gênés. Même ceux qui sont convaincus du succès de la méthode ne peuvent affronter l’idée qu’ils manipulent un instrument ignoble. Tous ceux qui acceptent d’aller à la soupe en passant par pertes et profits le recours à cette tactique ne méritent pas un regard.

Berlusconi n’était pas Mussolini, et Sarkozy n’est pas nazi. On peut vivre sous Bush ou sous Poutine sans fuir le régime. Mais pas sans rien y perdre. C’est avec inquiétude que je me souviens du sentiment que j’éprouvais à l’égard de mes amis italiens ou américains. Je les plaignais de vivre sous la coupe de tels présidents, je comprenais leur honte à être représentés par ces dirigeants – mais sans pouvoir tout à fait me défaire de l’idée qu’ils étaient aussi responsables de leur situation, fut-ce par défaut. Ce regard condescendant et navré, voilà ce qui nous attend. Et probablement la même chaîne de réactions que celles qu’on constate sur les campus américains. La déception, l’éloignement de l’action, la formation d’une bulle, le repli vers la culture de l’élite. La culture peut survivre en démagogie. Pas le politique. Tel est bien le but recherché. 

André Gunthert

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