Chères amies, chers amis,
Voici un article qui rappelle clairement les objectifs fixés dès la libération du territoire français par le conseil national de la Résistance.
Evidemment, nous sommes la majorité à ne pas avoir vécu durant la seconde guerre mondiale mais nous avons tous eu ou nous avons, peut-être, encore, un parent qui est entré en résistance !
Pour ma part, j'ai eu le privilège de parler longuement et régulièrement avec mon père qui était un maquisard dans la périgord et qui me disait qu'on les considérait comme des terroristes ! Je vous
conseille de lire le livre de Jean Garcin (colonel Bayard dans la résistance), la vie de rené Char (capitaine Alexandre dans le maquis) "l'éclair au front" chez Fayard et aussi les témoignages
d'Albert Camus, de Jean-Pierre Vernant ... ! Tout ceci permet de mieux comprendre la suite des événements ! Et ce que la France a pu vivre ! Et ce que la France peut vivre ...
Bonne lecture, Amitiés, à bientôt, Alain
L’actualité de la semaine n’a rien de passionnant. Le président de la République tranche de tout, en avançant parfois de bonnes idées, telles que le renforcement de la Région parisienne pour
lutter contre la compétition mondiale. Encore faut-il que l’État mette les moyens nécessaires pour doper les universités et les moyens de transport : le métro circulaire en proche banlieue
(« métrosphérique »), le tramway parisien, et les lignes radiales de Réseau Express Régional, qui accusent leur âge. Quarante ans ont passé depuis que Paul Delouvrier, l’Haussmann du
XXe siècle, a tracé ce système de circulation. La liaison Roissy Express, entre la gare de l’Est et l’aéroport qui continuera à fonctionner 24 heures sur 24, mérite aussi une impulsion politique,
même si son financement doit être privé.
L’actualité internationale n’est guère plus excitante. On pourrait trouver cynique que Tony Blair, l’un des deux responsables de la guerre en Irak, devienne l’ambassadeur de la paix au
Proche-Orient. Mais deux tentatives d’attentats à Londres sont venues mettre une touche tragique à cette étrange décision. Pourquoi, une nouvelle fois, cet homme de qualité, qui a tant fait
progresser son pays durant ses dix années comme Premier ministre de Sa Majesté, accepte-t-il encore une fois de servir de paravent aux inepties du Président Bush ? Pourquoi l’Union
européenne, qui s’est privée de Ministre des Affaires étrangères au dernier sommet à la demande de Tony Blair, a-t-elle été assez inconséquente pour cautionner cette nomination douteuse ?
La seule nouvelle réconfortante est la révolte des journalistes des Echos, de la Tribune, du Monde (adieu Alain Minc ?) contre l’emprise croissante des grandes entreprises sur la presse
d’opinion. La démocratie suppose une presse libre de toute censure ouverte ou insidieuse. Cette résistance inédite rappelle de bons souvenirs, ceux de la Résistance avec un R majuscule.
Pensons au beau titre d’un livre de Jean-Noël Jeanneney : « L’avenir vient de loin », et revenons au programme du Conseil National de la Résistance, évoqué la semaine dernière.
C’était le 15 mars 1944. Je passe sur la longue partie militaire destinée à mettre le pays en ordre de bataille en prévision du prochain débarquement, qui aura lieu quelques semaines plus tard et
j’aborde le volet plus politique : « Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte, capable d’entreprendre au lendemain de la libération la plus
grande œuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie. »
Les « mesures à appliquer dès la Libération du territoire » comprennent trois volets. Le premier est celui du rétablissement de la démocratie et des libertés publiques. C’est dans cette
partie que l’on trouve écho aux protestations d’aujourd’hui. « La liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des
influences étrangères » sont mis sur le même plan que le suffrage universel, la liberté de pensée, de conscience et d’expression, la liberté d’association, de réunion et de
manifestation, le respect de la personne humaine, l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi.
Le deuxième volet, celui des réformes indispensables sur le plan économique, me semble actuel, à condition de l’adapter au monde où nous vivons. La philosophie en est claire : «
Instaurer une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie. »
On y trouve des leviers, qui nous semblent aujourd’hui désuets, pour « intensifier la production nationale », même si l’objectif de la croissance reste d’actualité. C’était la grande
époque de la planification, du « retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruits du travail commun » : énergie, mines, assurances et
banques. Trois réflexions peuvent être formulées pour rafraîchir cet héritage.
Pourquoi soumettre à la concurrence une entreprise, encore publique, Électricité de France, qui produit le courant européen le moins cher et qui assure une qualité de service et de sécurité
auxquels pourraient rêver les Californiens, victimes d’une panne gigantesque due au sous-investissement des compagnies privées ?
Ces principes, posés à l’échelle d’un pays, ne devraient-ils pas nous inspirer pour exiger un ordre mondial plus juste, où les « féodalités économiques et financières
» seraient régulées ? Quand le Sénat américain lui-même s’inquiète de la formidable évasion fiscale à laquelle se livrent les multinationales, il ne faut pas perdre espoir et, au
contraire, se mobiliser autour de cette utopie.
Les Français, qui avaient faim au sortir de la guerre, ne se souciaient guère de l’avenir de la planète et aspiraient à la croissance la plus rapide possible du pouvoir d’achat individuel et
collectif. Mais aujourd’hui, ne faut-il pas une certaine « organisation rationnelle de l’économie » pour promouvoir le développement durable, économique, mais
aussi social et écologique ? L’Agenda 21 (21 comme XXIe siècle) qui vise à diviser par un facteur quatre les émissions de gaz carbonique d’ici 2050, en est une étape. Les tenants du
capitalisme sauvage, aux Etats-Unis et en Chine, n’auront pas le dernier mot, si nous le voulons avec assez de force.
Et puis, apôtre de l’économie sociale et solidaire, je ne résiste pas à cette citation du programme du CNR : « le développement et le soutien des coopératives de
production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ! »
Le troisième volet est celui des « réformes indispensables sur le plan social. » Feuilletons-le ensemble.
« Le droit au travail et au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime
contractuel de travail ;
un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à
chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
la garantie du pouvoir d’achat national par la stabilité de la monnaie ;
un syndicalisme indépendant doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et
sociale ;
un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans
tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement ;
des prix agricoles rémunérateurs ;
une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs vieux jours ;
la possibilité effective pour tous les enfants de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la
plus développée ; que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires. »
Soixante ans après, le 10 mars 2004, d’anciens résistants (dont Lucie et Raymond Aubrac, Stéphane Hessel) ont lancé un appel « à faire vivre et à retransmettre l’héritage
de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. »
Ils posaient une bonne question : « Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de
richesses a considérablement augmenté depuis la Libération ? »
Et l’appel de ces glorieux anciens se concluait ainsi :
« Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :
Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. »
Christian Sautter