
Si vous croisez la route ensoleillée de Claude Lapeyre, cet été près de l’Isle sur Sorgue, n’hésitez pas un instant: frappez à sa porte. Vous aurez droit au récit picaresque d’un prof de maths amoureux de poésie qui, un jour, osa frapper à celle de René Char. Le début d’une amitié de vingt-cinq ans. Des dizaines de balades sur les chemins du Ventoux, où René et Claude échangèrent tout de ce qui fait le sel de la vie des hommes. Entretien avec celui à qui est dédicacé un poème des "Chants de la Balandrane".
Que représente pour vous l’œuvre de René Char?
René Char, ce n’est pas de la littérature d’aujourd’hui, type "Nous deux" ou "Gala". Dans la poésie de Char, il y a tout, comme une montagne: les petits sentiers par lesquels vous pouvez
commencer et puis ensuite, il faut emprunter les grandes voies. Mais tu peux faire cinquante fois un petit sentier sans t’apercevoir de la richesse du paysage. Et puis un jour, en repassant, tu
vois un arbre magnifique. C’est ça, Char.
Un exemple: au moment du cinquantième anniversaire de la Libération, Chirac a lu le poème "La Liberté". Ça n’a pas plu à tout le monde, mais on s’est alors rendu compte de la richesse du texte. En fait, peu de gens connaissaient René Char. Aujourd’hui, ça change, même si les intellectuels semblent souvent nous dire "vous ne savez pas lire Char".
On dit de René Char qu’il était un peu ours, c’est vrai?
C’est faux, c’est complètement faux. Bien sûr, il rabrouait ceux qui avaient la parole, les fats. Il refusait les entretiens radio ou télé. Mais il s’entendait très bien avec Bernard Pivot par
exemple.
Mon histoire est symbolique: en 1963, j’achète "Fureur et mystère", c’est comme une gifle donnée par le mistral au sommet du Ventoux. La semaine suivante, je frappe à sa porte aux Busclats. Il n’a pas le temps de me recevoir, mais il me dit en me raccompagnant: "Si vous êtes libre, la semaine prochaine, on pourrait aller faire une promenade." Je me demande toujours comment j’ai eu ce culot. Cet élan, c’est la gifle que j’ai prise au sommet du Ventoux.
Autre chose: quand on allait chez Char, on ne repartait jamais sans rien -un livre, quatre brins de sauge, que sais-je… Un jour, il me tend un livre qu’il m’avait déjà donné. Je le lui dis. Il répond: "Ça ne fait rien, Claude, vous êtes un diffuseur de poésie, vous le donnerez à quelqu’un!" Il était d’une grande générosité, surtout avec les petits.
De quoi parliez-vous au cours de vos promenades?
C’était au cours du jour. Ce qu’il avait entendu le matin à la radio. Il était toujours contre les injustices. Toute injustice donnait lieu à une révolte. Sans venin, il n’était pas amer, mais il
aimait nommer les injustices.
On peut dire qu’il était de gauche…
Oui, mais la sienne. Celle de "l’homme révolté" de Camus. Quand la dignité humaine est en jeu. Il avait approché la gauche avec les surréalistes. La plupart d’entre eux étaient communistes, lui
pas. C’était un type indépendant, avec une vraie liberté d’esprit. On ne pouvait pas le mettre dans une case. Sa première révolte fut contre son frère, à la mort de son père. Son frère le frappe,
il a 12 ans, il se révolte. Ensuite, ce fut contre la montée du fascisme dans "Le Marteau sans maître". Puis contre Franco et, enfin, contre l’Occupation pendant la guerre. Cela rejoignait
d’ailleurs sa première révolte, car ce frère détesté fut Action française, puis membre de la milice. En fait, son engagement politique est un humanisme, au sens philosophique du mot. Ses amis
dans la Résistance étaient plutôt de gauche ou chrétiens.
La Résistance a-t-elle beaucoup compté?
Oui. Un jour, il m’a dit: "Pendant le maquis, on déménageait souvent. Ces maisons provisoires me manquent." Et puis il a toujours été très fidèle en amitié avec les gens connus à cette époque. Un
exemple: lorsque Jean-Pierre Roux est devenu maire RPR d’Avignon, Char a été en froid avec son père, le docteur Roux, qui était communiste pendant la guerre. Mais à la fin de sa vie, il a quand
même été le voir chez lui.
Comment a-t-il vu l’élection de François Mitterrand en 1981?
Il se méfiait de Mitterrand, comme nous tous. Lorsque le Président est venu lui remettre la Légion d’honneur aux Busclats, il ne voulait pas. Mais il la voulait aussi, alors il a accepté.
Pourquoi refuser les entretiens à la radio et à la télévision?
La réponse est dans Char: "Le poète ne retient pas ce qu’il découvre, l’ayant transcrit le perd bientôt. En cela réside sa nouveauté, son infini et son péril."
Quel rapport entretenait-il avec les femmes?
Il était toujours très galant, un peu séducteur même, mais sans intention forcément. Les femmes arrivaient et elles étaient déjà conquises. Il en a profité. Tant mieux pour nous. Il avait un
charme… et la stature, ça impressionne. Ma femme disait qu’il était macho. En fait, il avait tout ce qu’il voulait.
Comme Picasso?
Non, Char était beaucoup plus tendre. Il avait quelque chose de plus féminin, par la gentillesse.
Comment vivait-il?
Pendant les vingt-cinq années où je l’ai connu, il a vécu modestement: sans machine à laver, avec juste une gazinière, très chichement. Il n’avait pas de luxe, de toilettes, de voiture. Quand on
tirait du Char, on faisait 5000 exemplaires, pas les 200 000 exemplaires de Max Gallo! En réalité, l’argent ne l’intéressait pas, mais le patrimoine, si. C’est pour cela qu’il a vendu des
manuscrits à la fin de sa vie à Daniel Filipacchi [grand collectionneur de manuscrits originaux, ndlr]. Il a alors offert des maisons et d’autres choses à ses proches.
Quand il a voulu transmettre son bien à Marie-Claude de Saint-Seine, il m’appelle et me dit: "Je veux tout léguer à Marie-Claude, pour cela, il faut se marier, mais je ne veux pas que ça se sache: c’est possible de ne pas publier les bans?" Comme j’étais maire de Pernes-les-Fontaines, je savais que c’était possible. Aussitôt, il ajoute: "J’ai aussi deux souhaits: il me faut un village face au Ventoux et un maire résistant." Je lui ai arrangé ça avec Robert Jean, un résistant, maire de Blauvac, petit village au pied du Mont. J’étais son témoin, avec une Allemande, une amie de Marie-Claude. Personne ne l’a su.
Encore une chose: chaque fois qu’on sortait se promener ensemble, on voyait un renard ou une vipère. Il m’a aussi fait connaître les guêpiers, des oiseaux à dix couleurs qui viennent de Tunisie l’été. C’était un terrien, avec une grande conscience de la Terre.Selon une dépêche AFP du 31/07/2007, publiée par le journal La Croix du même jour, Michèle Alliot Marie envisage de permettre aux associations de la loi de 1905 « de donner une partie des dons des fidèles à une association de 1901 ».
Après qu’il ait été question de neutraliser l’article 2 de la loi de 1905, en permettant un financement des cultes direct, arbitraire et sans limitation de plafond, par les maires (rapport Machelon), cette proposition peut paraître inoffensive.
Mais, si on autorise les associations cultuelles de la loi de 1905 à financer les associations de la loi de 1901, on remet en cause un autre des fondements de la séparation stricte des cultes et de l’Etat, qui caractérise la laïcité en France, soit la nécessité pour les associations de la loi de 1905, d’avoir un objet exclusivement cultuel (art.18 et 19 de cette loi).
En d’autres termes, en dépit des affirmations du Ministère de l’Intérieur, selon lesquelles « On ne touchera pas à la loi de 1905 » et que « seuls des aménagements sur des points techniques à droit constant » seraient proposés (Le Monde Edition du 06/07/07), une réforme de la loi de 1905 est bien envisagée.
Or, cette réforme n’est pas des moindres, puisque l’objet cultuel exclusif, requis des associations de la loi de 1905 (en contrepartie duquel, ces dernières sont gratifiées de substantiels avantages fiscaux et de la possibilité de voir les dépenses d’entretien de leurs lieux de culte prises en charge par les communes), est une des meilleures garanties contre les pratiques intégristes et sectaires.
De plus, et contrairement à ce qui est trop souvent affirmé, il n’interdit nullement à une religion d’apporter sa contribution à des activités d’intérêt général (culturelles, éducatives, humanitaires, de santé, de publication..), mais lui impose de le faire de manière ouverte et désintéressée (dans tous les sens du terme), sans volonté d’hégémonie idéologique, en créant des structures légalement distinctes de celles dédiées au culte, qui ne soient pas financées par ces dernières.
Revenir sur l’article 19 de la loi de 1905 est donc inutile. C’est également dangereux.
Ainsi, Guy Coq [1], qu’on ne peut soupçonner d’être un anticlérical acharné, déclarait à propos de la proposition de la Fédération Protestante de France (FPF) de remplacer l’exigence d’un objet « exclusivement » cultuel par celle d’un objet « principalement » cultuel que :
« Ce serait un changement inacceptable de la loi : non seulement des entreprises commerciales pourraient se servir du statut cultuel pour bénéficier d’avantages fiscaux, mais d’autres dérives - les excès sectaires - auraient la voie libre. » (La loi de 1905 en débat - Reforme n°3030 du 8-14 mai 2003 et Protestants. org - site de la FPF).
En effet, les associations de la loi de 1901 ne sauraient être tenues à un objet cultuel, ni même à un objet exclusif. Permettre aux associations de la loi de 1905 de financer des associations de la loi de 1901, revient donc à détourner l’obligation qui leur est faite de ne se consacrer qu’à l’exercice du culte. Elles pourraient, dés lors, soutenir, grâce aux dons qu’elles reçoivent (sur lesquels, rappelons le, rien n’est reversé à l’Etat [2]) toutes sortes d’activités y compris commerciales (les associations de la loi de 1901 peuvent avoir une activité économique et faire, à titre accessoire des actes de commerce).
Si cette réforme voit le jour, on peut se demander comment les juridictions administratives pourraient, demain, apprécier le bien fondé de l’octroi d’avantages fiscaux à des associations se présentant comme cultuelles, quand, jusqu’alors, ces avantages ont été accordés sous condition d’un objet exclusivement cultuel et d’un respect renforcé de l’ordre public [3].
Aussi, répétons que les dispositions de la loi de 1905, qui veulent que l’Etat ne finance pas directement les cultes et que ceux ci ne financent pas des activités non cultuelles, permettent, en France, aux pouvoirs publics d’exercer le rôle d’ ”organisateur neutre et impartial de l’exercice des diverses religions”, attribué aux Etats par la Cour de Strasbourg, sur le fondement de l’article 9 de la Convention européenne des libertés fondamentales.
Toucher à l’une ou l’autre de ces dispositions ne peut qu’altérer ce rôle...
Anne Demetz.
Pour plus amples détails, se référer aux articles du blog déjà parus sur les thèmes de la loi de 1905 et du rapport Machelon.
[1] Guy Coq, ancien professeur associé à l’IUFM de Versailles, agrégé de philosophie, écrivain catholique.
[2] Elles n’ont pas à verser à l’Etat 60% de la valeur des immeubles ou des fonds reçus à titre de legs, donations ou dons manuels (exonération des droits de mutation à titre gratuit : art. 795-10 CGI). De plus 66% des dons manuels de leurs membres imposables sont supportés in fine par l’Etat (art. 200 e CGI) et elles sont exonérées de la taxe foncière (art.1382-4° CGI).
[3] À rapprocher des arrêts prononcés par les juridictions administratives dans des affaires opposant l’Etat à l”Eglise de Scientologie (CE Arrêt n° 149736 du 08/07/1998, CAA Nantes Arrêt n° 94 NT00009 du 02/03/1999 et CAA Paris Arrêt n° 92PA00880 du 05/04/1994, sur Légifrance : http://www.legifrance.gouv.fr/).
Pour compenser cette baisse d’impôts sur le revenu, le gouvernement prévoit l’instauration prochaine d’une TVA «sociale» et compte aussi sur une hausse des tarifs du gaz et de l’électricité, un
accroissement des recettes de la TIPP grâce à une nouvelle hausse du prix des carburants sans oublier la création de quatre franchises médicales au 1er janvier prochain ou une nouvelle baisse
programmée du montant des retraites servies en 2008...
Le "paquet fiscal"
Depuis le 1er janvier 2006, les impôts directs payés par le contribuable ne peuvent être supérieurs à 60 % des revenus. L’Assemblée a donné son feu vert à l’abaissement de ce seuil de 60 à 50 %. Ce dispositif, dit « bouclier fiscal », devrait s’appliquer à partir de 2008, aucun contribuable ne devant payer plus de 50 % de son revenu sous forme d’impôts directs (impôts sur les revenus, impôts locaux sur la résidence principale, ISF et même CSG et CRDS).
L’heureux contribuable pourra même demander la restitution du trop-perçu au titre des impôts payés en 2007 sur les revenus perçus en 2006. Selon le rapporteur général du budget, Gilles Garrez (UMP), 234 937 personnes sont concernées !
Depuis le 1er janvier 2006, les remises d’impôts s’étaient déjà élevées à 400 millions d’impôts, et 350 millions avaient bénéficié (selon le Syndicat national unifié des Impôts) à environ 16 000 ménages soumis à la plus haute tranche de l’ISF. La collectivité avait dû rembourser des sommes allant jusqu’à 620 000 euros pour un seul ménage. Avec un bouclier fiscal à 50 %, le jackpot de cette toute petite minorité grandissante sera encore plus juteux...
L’impôt de solidarité sur la fortune est ainsi vidé de son contenu, d’autant plus que l’abattement sur la résidence principale passe de 20 à 30 %. Il aurait été mal perçu, en effet, de réduire fortement ou de supprimer l’ISF, et ce projet de loi s’est donc employé à contourner cette difficulté.
Un crédit d’impôt de 20 % des intérêts d’emprunt payés à compter du 1er jour du mois suivant la date d’entrée en vigueur de la loi sera aussi ouvert aux accédants à la propriété quelle que soit la date de signature du contrat, dans la limite de 3 750 € pour un célibataire et de 7 500 € pour un couple soumis à imposition commune, limite majorée de 500 € par personne à charge. Les intérêts pris en compte seront afférents aux cinq premières années de remboursement.
Cette défiscalisation des intérêts d’emprunts pour l’achat d’une résidence principale paraît pouvoir profiter à une frange plus importante de la population. Mais ce n’est qu’un effet d’optique car le principal effet de cette défiscalisation a déjà été de faire monter encore plus les prix du marché de l’immobilier qui risquait de s’effondrer. La baisse des intérêts d’emprunts sera donc largement compensée par la hausse du prix d’achat d’une résidence principale.
En ce qui concerne les abattements sur les donations et les successions, ils seront portés de 50 000 à 150 0000 euros par enfant. L’essentiel des droits de succession disparaîtra donc. Pourtant, avant même ce projet de loi, 90 % des descendants en ligne directe ne payaient pas de droits de succession. Sous prétexte de permettre la transmission d’un capital « constitué au cours d’une vie de travail », c’est le patrimoine des plus riches qui sera préservé !
Enfin, un sous-article met fin au « lessivage des plus-values sur stock-options ». La technique révélée au grand jour grâce à Noël Forgeard, l’ex-président d’EADS, consistait à exercer ses options, puis de faire une donation à ses enfants, ce qui permettait de payer des impôts non pas sur les plus-values (41%) mais sur la donation, plus faiblement chargée. Économie garantie d’au moins 20% sur les bénéfices. Jean-Louis Borloo, le prédécesseur de Christine Lagarde, comptait interdire ce genre de manipulations. Mais la ministre a limité l’étendue de ce texte, initialement applicable aux millions de stock-options existantes. La dernière version limite l’interdiction aux stocks-options attribuées après le 20 juillet 2007. Certains fils de bonne famille peuvent ainsi remercier pour ce cadeau la ministre de l’Économie et de l’Emploi...
Le "paquet social"
Toutes ces baisses d’impôts se traduiront par une augmentation de 10 à 15 milliards d’euros annuels du déficit de l’État. Pour Christine Lagarde, ce n’est rien : « Ces baisses d’impôts relanceront la consommation et la croissance permettra, dans un deuxième temps, de diminuer le déficit. » Raisonnement simpliste car il aurait fallu en fait augmenter le pouvoir d’achat de ceux qui consacrent l’essentiel de leurs revenus à la consommation et non à l’épargne... Autrement dit, il aurait fallu augmenter l’ensemble des salaires et des pensions.
Mais Nicolas Sarkozy et François Fillon comptent bien utiliser la bonne veille technique de l’augmentation des impôts indirects pour compenser ces baisses d’impôts sur le revenu. La TVA est, à ce titre, le principal impôt indirect et correspondait en 2006 à 51 % des recettes de l’État !
C’est l’impôt le plus injuste de tous avec un taux de 19,6 % sur la très grande majorité des produits de consommation et services. Pour un achat de 100 € par exemple, c’est donc près de 20 € qui sont reversés à l’État par le vendeur. Une même somme pour tous : 20 € pour un smicard, 20 € pour un PDG d’entreprise... Pour le Conseil économique et social, le taux d’effort des 10 % des ménages les plus pauvres est ainsi de 8,1 % et celui des 10 % les plus aisés seulement de 3,4% !
La France bat ainsi des « records » en matière de fiscalité indirecte : record d’injustice pour cet impôt identique pour tous, mais également record pour la dégradation sans précèdent du rapport impôts directs/impôts indirects. 17 % seulement des recettes de l’État sont constituées par les impôts sur le revenu contre 83 % pour les impôts indirects ! Où s’arrêtera-t-on dans la destruction programmée de l’impôt progressif républicain ?
Dans le sillage de Nicolas Sarkozy, tous les apôtres du libéralisme, députés UMP en tête mais aussi les socialistes « convenables », genre Éric Besson ou Dominique Strauss- Kahn, proposent aujourd’hui d’étudier l’option de la TVA sociale. En quoi cela consiste-t-il ? Il s’agit de majorer le taux de TVA pour le porter à 23 ou 25 %, freinant ainsi la pénétration des produits importés, la différence avec l’ancien et le nouveau taux étant utilisée pour financer la protection sociale.
La TVA « sociale » revient donc à alléger le coût du travail pour mieux résister à la concurrence internationale en abaissant les charges sociales supportées par les entreprises. Une partie du financement de la Sécurité sociale des entreprises bascule ainsi vers les ménages, via une baisse des cotisations sociales patronales et une hausse simultanée de la TVA. C’est ce qu’a appliqué notamment l’Allemagne depuis le 1er janvier 2007.
Mais, si le financement de la protection sociale par la TVA est contestable, l’utilisation, non avouée, d’une partie des recettes nouvelles pour renflouer le déficit de l’État ou compenser les allégements d’impôts consentis aux personnes les plus aisées, est encore plus critiquable. Car le risque est bien réel, et le doute même entretenu, sur le pourcentage d’augmentation qui varie de 1 à 5 points suivant les interlocuteurs gouvernementaux. Interrogé sur une hausse de TVA de l’ordre de 5 points, le sénateur Jean Arthuis, président de la commission des Finances du Sénat a indiqué que "l’ordre de grandeur pourrait être celui-là". Si tel est le cas, la TVA principale passerait alors de 19,6 % à 24,6 %.
L’État compte aussi engranger des recettes supplémentaires importantes, par l’intermédiaire de la TVA ou de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP).
L’ouverture à la concurrence de l’électricité et du gaz va se traduire en effet par une augmentation des tarifs. Les clients particuliers, qui se feront prendre aux offres de baisse de tarif des concurrents d’EDF et de GDF, perdront ainsi tout droit aux tarifs réglementés. Quant aux industriels qui ont fait le choix d’une tarification privée, ils ont eu parfois à supporter une augmentation de près de 30 % par an. Au CHU de Besançon, la décision d’abandonner les tarifs publics a généré une augmentation de la facture de 300 000 € par an !
En ce qui concerne la TIPP (8 % des recettes fiscales), à chaque augmentation des prix des carburants, elle reste un moyen sûr pour l’État de récolter des recettes non négligeables... Plusieurs associations de consommateurs ont bien demandé au gouvernement de « bloquer les marges des pétroliers » et de réduire le taux de la TIPP, mais ce n’est pas Nicolas Sarkozy, chaud partisan de la hausse des impôts indirects, qui pourra aller dans ce sens.
Et les millions de Français qui se sont laissé embarquer dans une élection présidentielle archimédiatisée ne vont pas tarder, après avoir vu le dessus, à découvrir le dessous de l’iceberg et les mesures brutales qui vont frapper en priorité tous les salariés de ce pays.
Les propos de Mme Lagarde (ancienne avocate d’affaires aux États-Unis...) à l’Assemblée nationale sont à cet égard significatifs : « Allez-vous poster gare du Nord, vous verrez tous ces banquiers exilés à Londres ou en Belgique, ils n’ont qu’une envie, rentrer en France. Voilà à quoi sert notre bouclier fiscal »...
Pas un mot, bien sûr, sur l’organisation de l’Europe qui tolère en son sein tous ces paradis fiscaux qui accueillent ces « pauvres banquiers » à Londres, en Belgique, au Luxembourg ou autre principauté au nom de la liberté d’entreprendre...
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